Le message de l’Église contre la loi Taubira a été clair

Le cardinal Philippe Barbarin , archevêque de Lyon, est interrogé dans Le Figaro. Il revient sur la mobilisation contre la loi Taubira et le rôle joué par les évêques dans la défense de la famille. Extraits :

« Notre vocation peut se résumer dans la dernière consigne que Jésus nous a laissée: «Vous serez mes témoins.» Je ne signe pas de pétition et je participe très rarement à une manifestation, mais j’ai senti qu’il y avait là un témoignage clair à donner, que c’était un enjeu majeur pour mon pays et pour notre civilisation. Donc, je me suis dit: «J’y vais». La première page de la Bible («A l’image de Dieu, il le créa ; homme et femme il les créa…») a pour moi plus de valeur et de vérité que les décisions de nos Parlements. Et même si plusieurs d’entre eux perdent la boussole, les gens, eux, gardent le cap. Ils savent bien que le mariage, c’est l’union d’un homme et d’une femme, qu’un enfant a besoin d’un papa et d’une maman… Ce témoignage a été donné de manière pacifique. Les manifestations ont regroupé des gens d’origines sociales, culturelles et religieuses très différentes. Dans ce concert unique et qu’aucun autre pays du monde n’a su produire, les chrétiens ont tenu leur place. Ensuite, nous avons vu se lever les «veilleurs». Leur silence respectueux a interpellé la France. Ils sentent qu’elle ne va pas bien, et ils désirent «veiller» sur notre pays, sur sa démocratie, sa justice…

Mais tout cela semble sans lendemain…

Non. Ce mouvement de fond aura certainement des suites, car tout ce peuple a pris conscience qu’il représentait une force, et que l’on pouvait résister à la marche inéluctable du soi-disant progrès.

Pour autant, ce n’est pas une bataille mais une sorte de guerre qui est perdue?

Ce n’est pas mon sentiment. Cela n’aura sans doute pas d’incidence mesurable sur les prochaines élections, mais ce courant social et politique – au sens large du terme – a pris conscience de sa force, alors que jusqu’à présent, il n’avait même pas conscience d’exister.

Voyez-vous naître là une force politique ?

Pas au sens des partis politiques, ce qui est rassurant. Beaucoup voudraient récupérer ces jeunes, mais ils refuseront de se laisser embrigader. Un phénomène de cette ampleur, à la fois anthropologique, social et spirituel, n’a pas d’impact immédiat du point de vue politique. Je sourirais plutôt de ceux qui affirmeraient : «Cela va nous faire des voix !» A moyen et plus long terme, je crois qu’il s’agit d’un courant nouveau qu’on pourrait appeler d’«écologie humaine», pour reprendre la formule de Benoît XVI. C’est une autre manière de regarder la vie sociale et familiale et d’envisager le rapport au travail et au pouvoir. Ils sont nombreux, dans notre société, ceux qui attendent qu’une page se tourne, qu’on aille vers un changement en profondeur. Tout cela, d’ailleurs, n’est pas sans rapport avec ce que l’on sent dans l’Église depuis l’avènement du pape François.

Bon nombre d’évêques donnent l’impression d’avoir été embarrassés par ce mouvement: n’est-ce pas l’histoire d’un rendez-vous manqué?

Chaque évêque est resté lui-même. Certains sont allés manifester, d’autres non. Beaucoup ont fait des déclarations ou adressé des messages aux paroisses de leur diocèse. Il n’y avait pas de consigne de la Conférence des évêques ; chacun a agi à sa manière et librement, et il me semble que le message de l’Église dans la société française a été clair. «