La “San Camillo Connexion”…
Vous avez aimé le Da Vinci Code , Vatikileaks et le Banco Ambrosiano, vous allez adorer la San Camillo Connexion !
Mes biens chers frères, vous avez été scandalisé par les scandales qui ont secoués l’Église ces derniers temps ? Ce n’est pas fini. Et encore une cuillère pour papa, et encore une cuillère pour maman…
En quasiment toutes les matières, les Italiens ont nos maîtres : peinture, mode, voiture, etc. En matière d’affaires religieuses, nous, pauvres Français, ne sommes tout au plus que des enfants de chœur pris la main dans le pot de confiture. Et l’économe du diocèse de Bastia qui roulait en Maserati, me direz-vous ? Je vous parle de la France, si vous voyez ce que je veux dire… Et celui de Metz ? Puisqu’on vous dit que nous parlons de la France (de l’intérieur).
Revenons à nos moutons italiens. Parlons de don Renato, qui défraie la chronique judicaire ultramontaine ces jours derniers. Le personnage ne manque pas de classe : mince, le visage en lame de couteau chaussé d’élégantes lunettes à fine monture, chevelure argentée, la soutane frappée d’une grande croix rouge ajoutant la touche finale d’onction et de respectabilité ecclésiastique. La classe, quoi ! Il faut dire que l’homme n’est pas n’importe qui. Il était, jusqu’à la semaine dernière, supérieur général des religieux camilliens. Ce nom ne dit pas grand-chose aux catholiques français. C’est pourtant l’un des plus vieux et des plus vénérables ordres caritatifs dans l’Église. Fondé aux XVI e par un mercenaire converti, Camille de Lellis, il possède aujourd’hui dans le monde des dizaines d’hôpitaux, dispensaires, maisons de retraites, etc. Des centaines de religieux et d’auxiliaires laïcs s’y dévouent corps et âme au service des malades et des souffrants, l’auteur de ces lignes peut en témoigner. Rares sont ceux qui savent que c’est en voyant ces religieux et leurs habits frappés d’une grande croix rouge qu’Henri Dunant eut l’idée, sur le champ de bataille de Solférino, de fonder une œuvre internationale au service des victimes de la guerre…
Les gazettes décrivent don Renato comme un « homme entreprenant » ; on le dit au centre d’un vaste réseau de relations, y compris au Vatican. Il en va des amitiés comme des réputations, toutes ne se valent pas. En tout cas, ses « amis » ne manquent pas d’imagination. Vous allez en juger.
Le bon Renato s’est trouvé face à un problème crucifiant, si l’on ose dire. Élu supérieur général de la Congrégation des camilliens en 2007, les saints canons présidant à la dévolution des responsabilités dans l’ordre lui faisaient l’obligation de solliciter à nouveau les suffrages de ses confrères en 2013. Or, chacun sait qu’il en est du sport comme des élections, il y règne une noble incertitude. L’histoire ne le dit pas encore, mais les perspectives ne semblaient pas particulièrement favorables. C’est du moins ce qu’estimait le candidat sortant. Qu’à cela ne tienne, on allait s’« arranger » comme on dit en Italie, par une manœuvre tout à l’honneur des compatriotes de Machiavel. Deux confrères risquaient de faire échouer la réélection ? Paolo, ami et conseiller financier de don Salvatore, trouva la solution, imparable.
Arguant d’irrégularités supposées dans la gestion et les comptes des établissements dont ils avaient la charge, une dénonciation, anonyme, cela va de soi, porta à la connaissance de la Guardia di Finanza (la Garde des Finances) les méfaits supposés des deux grands électeurs. Là où réside l’astuce, c’est que la dénonciation fut faite de façon à ce que les deux impétrants se retrouvent menottes aux mains, dans le bureau de l’enquêteur des « Flammes jaunes » (surnom de cette unité qui rassemble les compétences des douaniers, des inspecteurs du fisc et des contrôles sanitaires), au moment même où leurs confrères procédaient à l’élection. Génial, non ? En fait, pas besoin d’en faire trop, deux contrôleurs acceptèrent de jouer le rôle des “vrais-faux” enquêteurs. Comme quoi, même la Guardia di Finanza … mais, passons.
Seulement, il y a eu un grain de sable dans cette machine bien huilée. Le signore Paolo, avait depuis un bon moment attiré l’attention des autorités. Opérations commerciales et gestion douteuse des hôpitaux dirigés par les religieux, il n’en fallait pas plus pour qu’il soit mis sur écoute. Quelle ne fut pas la stupeur d’entendre le bon religieux et son comparse mettre en place leur petite opération. Toute la petite bande est aujourd’hui sous les verrous. Mais le plus farce, est à venir. Car les deux “victimes” y sont aussi. Si leur convocation était fausse, les policiers en mettant leur nez dans ces affaires peu reluisantes se sont aperçus que celles de celles des bons pères ne l’étaient pas davantage. Aux innocents les mains pleines… Quand on parle de “famille” en Italie, y compris religieuse, tout est “affaire” du sens que l’on donne aux mots… n’est-ce pas ?
À la Maddalena, charmante piazza romaine où siège l’Ordre, on se contente de la langue de buis habituelle : « stupéfaction… confiance dans la justice… blablabla… ». Le pape François a dû s’étrangler ce matin-là en ouvrant son journal, mais le Vatican botte en touche en déclarant que l’affaire doit se traiter en interne.
Ah, j’oubliais, une seule raison de se réjouir dans cette affaire. Don Salvatore n’était ni wojtylien, ni ratzingérien, ni tradi, ni ultramontain. Il semble avoir été, en dehors du business, un homme plutôt libéral. Réjouissons-nous donc, Golias aura quelque peine à exécuter la danse du scalp autour des deux anciens pontifes et des forces obscures de la réaction. Même le plus noir nuage a toujours sa frange d’or… lol !
