Pour Mgr Hippolyte Simon, manifester pour la vie est une violence
Un prêtre ami, résidant à l’étranger, suit avec un regard perçant les faits et gestes des évêques français. La tribune que Mgr Hippolyte Simon , archevêque de Clermont-Ferrand, a accordé au quotidien La Croix , et dont Maximilien Bernard a déjà traité ici , n’a pas échappé à notre ecclésiastique qui, dans une chronique dont il nous a autorisé la publication, dit avec élégance et vigueur le dégoût qu’elle lui inspire… C’est n’est pas injuste et ça soulage !
On savait Mgr de Clermont-Ferrand roué comme le paysan normand qu’il est, mais là, un Puy-de-Dôme de langage épiscopal gallican est atteint. Lisez sa tribune publiée le 30 janvier dans La Croix . Après un préambule suffisamment entortillé pour donner l’impression d’accorder quelques gages aux opposants au mariage zinzin, érafler délicatement le gouvernement et proclamer tout son engagement au service de la vie à naître, l’évêque de Clermont Ferrand, lance son dard : « Ce que me semblent oublier les gens qui manifestent avec trop de force, c’est tout simplement ceci : pour sauver un enfant encore blotti dans le secret du sein maternel, il n’y a qu’un seul chemin, celui qui consiste à parler à la conscience de sa mère. Tout le reste serait violence… ». En d’autres termes, et si les mots de la langue française ont encore un sens, manifester pour la vie est une violence. Ah, le bon apôtre ! Ses collègues manifestants, à qui il accorde avec tant de grandeur d’âme le droit de le faire, apprécieront. Faisons remarquer respectueusement à Monseigneur Simon qu’il s’est mélangé dans son calendrier. La LMPT n’a pas pour objectif principal la lutte contre l’avortement, mais, plus largement, l’opposition aux projets « sociétaux » du gouvernement. La « manif pour la Vie », c’était le 19 janvier. Mais est-ce un oubli ? Mgr Simon est bien trop madré pour cela. N’est-ce pas plutôt une grosse finesse pour éclabousser l’une et l’autre manif, en mélangeant les problématiques, et mieux recueillir en définitive la crème de l’élévation d’esprit et de la belle âme ? Reconnaissons que c’est du maquignonnage de haute volée. Il rappelle ce vieux maquignon bourguignon expliquant qu’il fallait boiter à l’inverse du cheval pour donner l’illusion qu’il marchait droit. C’est l’image qui vient à l’esprit en entendant ses propos. Il y a plus retors encore. Figurez-vous, braves gens, que la position de l’Église de France, « claire, constante et bien connue », pèche pourtant gravement. Oui, mes amis, imaginez-vous qu’elle « n’est pas bien reçue » par, je cite encore, « les personnes concernées par l’IVG ». Le meilleur est pour la fin. Accrochez-vous bien, c’est du lourd. La tâche essentielle de l’Église est donc « de retrouver sa crédibilité dans la société civile ». Là, moi je dis : respect. Total respect. D’aucuns esprits chagrins s’interrogeraient sur le mode opératoire du regain de crédibilité face aux structures de péché, la culture de mort ou à l’opposition farouche des avorteurs. Mais ce n’est pas notre genre. Et dire que Monseigneur de Clermont-Ferrand aurait pu présider la conférence des évêques européens. Non, vraiment, le Seigneur ne sait pas reconnaître les siens à leur juste valeur.
