Nos racines chrétiennes ne sont pas une menace mais une chance

Mgr Philippe Mousset , évêque de Pamiers, a été interrogé par Ariegenews . A propos du pape François , l’évêque l’oppose sans complexe à Benoit XVI :

«C’est un changement providentiel ! C’est un pasteur très proche d’un peuple d’une société, on bénéficie de son expérience. Son prédécesseur était plus dans l’enseignement, lui c’est un pasteur en immersion dans l’époque actuelle et c’est important. Il a vécu son expérience de pasteur dans un pays qui n’est pas facile. C’est quelqu’un qui a su aller au-devant des personnes, il n’est pas resté dans ses murs et a su montrer la route. Il nous invite à sortir, à ne pas avoir de complexe. C’est quelqu’un qui a le souci des petits, des pauvres, des faibles, il est très attentif et invite les grands de ce monde à être plus juste. Il a lui-même choisi de vivre dans la solidarité, la simplicité. Cet impact du nouveau pape se ressent y compris dans l’Ariège, il donne une image d’une église moins recroquevillée sur elle-même, plus présente, moins déconnectée avec la réalité. Dire qu’il y a meilleure adhésion de la pratique religieuse c’est aller un peu vite mais c’est incontestable il y a une meilleure réception de l’Eglise, cela se perçoit de manière tangible».

A propos de l’autre François, celui qui a oublié les catholiques le jour de Pâques, mais qui n’oublie jamais les musulmans, Mgr Mousset déclare :

«Il est important de ne pas renier ses racines quelles qu’elles soient. Cela ne veut pas dire ne pas avoir un regard critique sur l’histoire. L’Eglise a eu par moment des attitudes répréhensibles et critiquables, Jean-Paul II que l’on va canoniser dimanche avait émis quelques repentances sur tel ou tel phénomène de l’histoire. Mais les racines c’est important il ne faut pas en avoir peur. Si on renie ses racines, on peut aller en chercher d’autres et peut-être perdre certains repères rendant encore plus floue la situation. Nos racines ne sont pas une menace, elles sont au contraire une chance, elles peuvent contribuer à leur manière à la recherche d’une société meilleure. Elles peuvent y contribuer avec la laïcité. Je n’ai pas de problème dans mon ministère pour le vivre sans complexe avec mes convictions dans une société laïque.

Nous savons très bien que nous devons respecter ce cadre de la laïcité. Si on y réfléchit avec confiance, tel qu’il a été fait, cet espace laïc permet au contraire que chacun puisse apporter sa contribution sans l’imposer aux autres. C’est ainsi qu’on aura une société plus vivante, plus dynamique. Oser se rencontrer sans se craindre, n’ayons pas peu de débattre, de confronter, de voir ce qu’on peut faire ensemble pour construire une société meilleure et peut-être l’Europe de demain».

A propos des derniers débats houleux entre les évêques à Lourdes, Mgr Mousset déclare :

«C’est heureux que nous puissions entre évêques débattre de ces sujets. Nous ne sommes pas là marchant aux ordres. Nous sommes différents les uns des autres, un seul point nous unit, c’est la foi. Cette assemblée a permis un débat qui n’était pas programmé. Le débat était intéressant, les uns et les autres se sont positionnés par rapport aux familles. Il y a nos traditions à remettre en cause et la manière dont nous les communiquons. Comment sommes-nous capables aujourd’hui de parler avec nos convictions en direction des générations d’aujourd’hui ? Si on prend le temps de les écouter, de faire un chemin ensemble, je suis très surpris de voir combien les jeunes sont en attente de ces valeurs, il suffit de décrypter leurs attentes… oui on peut cheminer ensemble. Il y a des initiatives surprenantes dans les paroisses, des jeunes pour des questions de mariage ou de baptême acceptent de cheminer. On s’aperçoit qu’ils ont souvent des clichés de l’Eglise, nous sommes surpris de leur accueil. Autre paradoxe, au sortir de fêtes comme Noël ou Pâques, cette année on n’a jamais eu autant de monde et beaucoup de jeunes présents aux messes dans des églises pleines. Peut-être que l’on a à apprendre à rencontrer ce monde qui vient à nous. […] il faut sortir de nos communautés aller porter l’évangile à l’extérieur».