Wim Distelmans, euthanasieur, part en voyage d’études à Auschwitz
Voici la traduction d’un texte publié par le blog d’informations sur l’euthanasie « Careful » de MercatorNet, à la suite de l’annonce par le Dr Wim Distelmans d’un voyage d’études à Auschwitz. Deux médecins pour la vie réagissent… – Jaime Adival
L’euthanasieur le plus en vue de Belgique, le Dr Wim Distelmans, organise un voyage d’études à Auschwitz, le camp d’extermination nazi. Son invitation adressée à des professionnels de santé il décrit Auschwitz comme un environnement « stimulant » dans lequel on peut « lever la confusion autour de l’euthanasie ».
Le voyage d’études organisé par Distelmans aide en effet à clarifier les choses : il montre combien est minime la distance entre l’euthanasie belge en 2014 et les camps de la mort nazis en 1944.
Faire le lien entre le droit de mourir et les nazis est tabou dans la plupart des milieux. De fait, on estime généralement que les opposants ont le dessous dans toute discussion dès l’instant où ils prononcent le mot « nazi ». Mais l’initiative époustouflante du Dr Distelmans pourrait bien mettre fin à cet automatisme. Organiser un séminaire sur l’euthanasie dans un camp de la mort où l’idée d’une « vie qui ne vaut pas d’être vécue » a pris sa forme la plus extrême est pour le moins bizarre.
Le Dr Distelmans a souvent fait la une des médias du monde entier. Il a été filmée par la télévision au moment où il tuait Nathan Verhelst, en grande souffrance à la suite d’une opération de changement de sexe ratée. Il a pratiqué la première euthanasie double du monde en tuant les jumeaux Marc et Eddy Verbessem, que les services sociaux belges n’avaient pas su aider. Par trois fois au moins, il a été impliqué dans l’euthanasie de personnes souffrant de dépression.
Le Dr Distelmans a également présidé la Commission belge de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie depuis la légalisation de cette dernière en 2000 : aucune mort n’a fait l’objet de la moindre enquête de la part de cette commission.
Dans une brochure adressée par courriel à ses contacts il décrit ainsi le voyage d’études :
La Belgique est le seul pays au monde disposant d’une législation qui se soucie d’une fin de vie digne pour chacun, grâce à la loi sur les droits des patients, la loi sur les soins palliatifs et la loi sur l’euthanasie. Nous avons en outre dans notre pays – à l’inverse de ce qui se passe dans les autres pays du continent européen – une expérience de 25 ans de soins palliatifs excellents, et depuis plus de 10 ans, l’expérience de demandes transparentes d’euthanasie et de respect des droits des patients.
Dans la problématique globale de la fin de vie l’on se trouve sans cesse confronté à la douleur existentielle, à la question du sens, à l’introspection, la dépendance et l’autonomie, l’idée de l’achèvement et surtout de la (de l’in-) dignité. C’est pourquoi il nous a semblé plus que logique d’organiser notre prochain voyage d’études dans un lieu qui est par excellence le symbole d’une fin de vie indigne de l’homme : Oświęcim, mieux connu sous le nom d’Auschwitz, le camp d’extermination nazi en Pologne. Ce lieu nous semble apte à susciter l’inspiration afin d’y réfléchir, en séminaire sur place, à cette problématique, afin de lever la confusion.
Le Dr Distelmans semble avoir été victime d’une grave erreur de jugement. Imaginons qu’une hypothétique association de bourreaux des prisons d’Etat américaines organise une week-end de vacances à Auschwitz, avec, comme point final à une journée épuisante, un dîner dans l’un des meilleurs restaurants de Cracovie (ainsi que le prévoit le programme du Dr Distelmans et de ses compagnons de voyage) n’y aurait il pas un tollé ? Quelle expérience auraient-ils pu y acquérir ? Des méthodes plus rapides pour gazer des prisonniers ? Des manières plus efficaces d’administrer des injections létales ? Des procédures moins douloureuses pour stopper l’alimentation et l’hydratation ? Sans doute, même leurs amis et admirateurs s’interrogeraient-ils sur cet empressement à venir trouver l’« inspiration » dans un lieu marqué à ce point par l’horreur.
On admet généralement que le programme d’euthanasie nazi était un galop d’essai en vue des camps d’extermination. Cela a commencé en 1939 avec la mise à mort « par compassion » d’un enfant gravement handicapé. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, 5 000 enfants malades ou « idiots » avaient reçu ce bienfait d’une « mort compassionnelle ». L’expérience fut tellement féconde qu’elle s’est développée pour donner le programme T4 d’euthanasie d’adultes malades chroniques ou handicapés. Il y en eut tant que les techniciens de l’euthanasie d’Hitler ont inventé les chambres à gaz qui allaient se montrer si efficaces à Auschwitz.
Il est gratifiant pour nous de voir le Dr Distelmans relier les pointillés entre l’euthanasie à Bruxelles et les atrocités d’Auschwitz. Cela devrait terrifier tous les malades chroniques et les handicapés qui y vivent.
Il n’en est pas moins surprenant de voir le Dr Distelmans accepter d’apparaître lié à la faculté de médecine de l’université d’Auschwitz, une confraternité qui a rassemblé des chercheurs aussi illustres que le Dr Josef Mengele, le Dr Eduard Wirths, le Dr Horst Schumann et le Dr Carl Clauberg.
Critiques sans relâche du Dr Distelmans, on nous a accusés de noircir le nom d’un bon médecin. Mais bien que nous soyons en désaccord, nous ne l’avons jamais, jamais, associé aux atrocités, à l’inhumanité, et aux euphémismes odieux de l’ère nazie. Il l’a fait tout seul.
Dr Kevin Fitzpatrick , directeur d’ Euthanasia Prevention Coalition Europe, responsable de Not Dead Yet UK (« Pas encore morts »).
Dr Tom Mortier , professeur de chimie à Leuven University College (Louvain, Belgique).
