Comment l’enseignement diocésain tue la liberté scolaire

Depuis plusieurs années, l’enseignement catholique sous contrat a accepté bon nombre d’applications informatiques de gestion qui réduisent la liberté des établissements à l’auto-organisation ainsi que la liberté des familles.

Par exemple, l’application STS oblige le chef d’établissement à faire remonter à la rentrée les moindres détails de la répartition de son enveloppe horaire et du nombre des élèves dans chacune des matières. Fini les arrangements qui permettaient de sauver telle ou telle option rare ou de maintenir des équilibres précaires de postes, de projets originaux.

Cette année, nous voyons apparaître une nouvelle pression sur les familles et les établissements. Cette pression est portée par les directions diocésaines elles mêmes qui marchent main dans la main avec l’esprit liberticide des rectorats et de la sectorisation. Lorsqu’un élève de l’enseignement catholique comme du public quitte la classe de troisième pour un lycée, jusqu’à aujourd’hui, il pouvait faire conjointement un vœu pour le public dans le cadre de la carte scolaire et un nombre illimité de vœux pour des établissements privés. Ces doublons posaient certes quelques problèmes aux établissements privés et public qui devaient faire face à des annulations tardives lorsque les familles optaient ultimement pour l’autre voie. Désormais la consigne est donnée aux établissements catholiques de déclarer à l’académie tous les élèves venant du public qui ont demandé une inscription dans le privé, afin que leur vœu public soit neutralisé. Inversement, les établissements privés sont également tenus de signaler aux rectorats le nom des familles de leur collège qui font à la fois une demande pour un lycée privé et pour un lycée public afin que, là aussi, leur affectation dans le public soit neutralisée. On arrivera donc bientôt a une nomenclature des établissements privés dans les applications des rectorats, à côtés des établissements publics et la dernière possibilité de choix concurrentiels sera définitivement perdue en France. Ce que Savary n a pas réussi a faire en 1984, l’enseignement catholique va le faire lui même : son intégration dans le système.

Il n en va pas d’abord de la liberté de l’enseignement catholique. Il en va de son fondement : la liberté scolaire. C’est en défendant cette liberté de choix concurrentiels, y compris pour des collégiens issus du public, que l’enseignement catholique montrait qu’il n était pas d’abord corporatiste mais qu’il défendait une conception de la liberté scolaire pour tous. Ramené à son petit quant à soi, et encore pour quelques commodités logistiques et financières, l’enseignement catholique bave devant le centralisme jacobin qui fait pourtant la ruine du public et perd de plus en plus de vue la doctrine sociale de l’Eglise.