Retour sur le rassemblement de soutien aux chrétiens d’Orient du 26 juillet 2014

Malgré quelques incidents (les mauritaniens musulmans ont fini par quitter le parvis du Trocadéro accompagnés de CRS), on peut dire que le rassemblement s’est déroulé dans une ambiance bon enfant. Les participants étaient variés: des catholiques, des non-catholiques, des catholiques traditionnels, des jeunes brandissant drapeaux et insignes assyriens, de simples fidèles, quelques figures connues, des anonymes, etc. Le soutien aux chrétiens d’Orient est assez intéressant. Outre la présence de leurs confrères d’Occident, on peut aussi remarquer celle de quelques musulmanes voilées (saluons-les, nonobstant les reproches adressés à certains musulmans), mais aussi de kurdes arborant fièrement leurs drapeaux ( cf . la photo de cet article). A cet égard, le rapprochement avec les kurdes peut être la dernière – si ce n’est l’ultime – clé de la survie des chrétiens d’Irak. Menacés par l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), peu à l’aise chez les chiites, les chrétiens d’Orient ont une véritable zone de repli dans le Kurdistan irakien. Le phénomène ne date évidemment pas de cette année, mais il a été accéléré par l’effondrement progressif de l’Etat irakien en tant que structure globale – elle est désormais réduite aux acquêts de la communauté chiite irakienne -, à partir de 2003. Les kurdes ont une forte identité qui ne passe pas par l’islam, mais par une culture solide et enracinée. Dès 1991, certains chrétiens assyriens avaient d’ailleurs joué la carte du Kurdistan autonome. Si l’on regarde l’histoire des chrétiens, on peut remarquer que leur survie a souvent été due à une identité nationale forte. On l’a vu ainsi dans les pays de l’Est (polonais, etc.) ou dans les anciennes républiques socialistes soviétiques (lituaniens, etc). Rien ne pourrait empêcher, à terme, un rapprochement entre l’univers des chrétiens d’Irak (religieux, mais non véritablement culturel dans la mesure où ils sont essentiellement arabophones) et l’univers kurde (culturel, mais non religieux). Le soutien à l’arabité, le déclin du nationalisme arabe corrélatif à la montée de l’islamisme n’ont pas permis d’enrayer la présence des chrétiens d’Irak. Leur survie ne tiendra-t-elle pas à un nouveau rapprochement culturel ? On ne peut que l’espérer.

Jean-Marie VAAS