La CEF lâche La Manif Pour Tous

Dans son article de vendredi dernier dans Le Figaro, Jean-Marie Guénois montre que Mgr Pontier , président de la CEF, laisse tomber en rase campagne La Manif Pour Tous. Ludovine de La Rochère , la présidente de l’association pro-famille, qui fut responsable de la communication de la CEF il y a quelques années, ne doit pas être surprise, elle qui connaît les arcanes et les coups bas du boulevard de Breteuil (Paris 7e).

À la question « Faut-il aller jusqu’à manifester sur ces questions de société comme l’y invite le 5 octobre la Manif pour tous contre la GPA ou la PMA pour les couples homosexuels ?»posée le 2 octobre par nos confrères de La Croix — qui fêtaient au passage leur 40 000e numéro —, le président de la Conférence des évêques, Georges Pontier, a répondu de façon aussi limpide que nette :

« La Manif pour tous n’étant pas un mouvement d’Église, il n’est pas de mon rôle de commenter leur choix politique de manifester dans les rues. La manifestation est l’une des formes de la liberté d’expression dans nos démocraties. Mais cela ne peut pas devenir le seul moyen. Nous, évêques, sommes davantage engagés dans un processus de réflexion, plutôt que dans un combat contre une loi future. On ne se situe pas sur le plan politique mais sur le plan anthropologique, même si une loi a des conséquences anthropologiques. »

En clair, donc — et première information —, l’Église de France, en son sommet, ce qui n’est pas forcément la position d’un nombre certain d’évêques et de cardinaux, coupe les ponts et prend une distance définitive avec la Manif pour tous, mouvement aconfessionnel il est vrai, mais animé par bon nombre de catholiques et suivi par une immense quantité de catholiques.

C’est également la première fois qu’une telle rupture officielle est ainsi exprimée. Elle est en cohérence avec le changement de lignes sur ce dossier entre le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, arrivé au terme de deux mandats à la tête de la Conférence des évêques, à la mi-2013, et le nouveau président, Georges Pontier.

Sous ces deux présidences, l’Église catholique a veillé et veille comme le lait sur le feu à la sacro-sainte ligne rouge de la laïcité. Personne ne la remet en cause, car il n’est pas question pour l’Église d’entrer en France dans le champ politique. Mais c’est bien Mgr Vingt-Trois qui a lancé la prière du 15 août 2012 pour la France avec une mention implicite pour le débat sur le mariage homosexuel qui s’annonçait. C’est lui qui est souvent publiquement monté au créneau contre ce projet de loi, encourageant le départ de la première grande manifestation nationale contre ce projet, place Denfert-Rochereau à Paris, sans aller jusqu’à défiler, mais d’autres évêques, dont le cardinal Barbarin , moins exposé, ont défilé.

Georges Pontier n’a objectivement pas la même approche. Sans chercher à opposer des hommes d’Église, il faut bien reconnaître que, depuis qu’il est président des évêques, ce pasteur qui revendique une fibre sociale marquée n’a cessé de prendre ses distances avec ce mouvement de la Manif pour tous. Il explique dans l’interview – seconde information – la raison de ce positionnement : sa méthode ne consiste pas à choisir «le combat contre une loi future» mais un «processus de réflexion», car l’épiscopat, dit-il, ne se situe pas «sur le plan politique», mais «anthropologique».

Il ne souhaite certainement pas cette législation, mais, en se taisant sur ces lois et en tournant le dos à ses opposants, il donne un aval « politique » à l’avancement concret de cette évolution « anthropologique » au cœur de la famille, donc de la société.

Même si, concède-t-il, une loi a une « conséquence anthropologique ». Et c’est exactement ici que se pose le problème de la méthode d’action. Car c’est bien pour les «conséquences anthropologiques» de ces lois — mariage homosexuel, PMA et GPA (même si dans La Croix du 3 octobre, Manuel Valls a rejeté la GPA) —, et non pour des raisons politiques, que des centaines de milliers de familles sont descendues et vont encore descendre dans la rue dimanche. Elles s’opposent – non pas aux homosexuels, comme on leur en fait le procès – mais à une vision de la société et de l’éducation qui met sur le même plan l’union d’un homme et d’une femme et celle de deux personnes du même sexe.

Voilà la «conséquence anthropologique» à laquelle le président des évêques veut encore «réfléchir», alors qu’une loi est déjà passée et que d’autres se préparent. Ce faisant, il abandonne officiellement ceux qui combattent et assume du même coup une lourde responsabilité : il ne souhaite certainement pas cette législation, mais, en se taisant, sur ces lois et en tournant le dos à ses opposants, il donne un aval «politique» à l’avancement concret de cette évolution «anthropologique» au cœur de la famille, donc de la société. C’est maintenant acté.

Autre conséquence interne, alors que s’est levée, par cette actualité, une jeune génération de catholiques, ce pasteur choisit de la laisser orpheline. Ces jeunes s’organisent aujourd’hui, seuls, loin de l’épiscopat. L’Église de France se coupe là, et pour longtemps, de ses forces vives. »