Cardinal Tauran: les responsables musulmans « doivent dénoncer ces violences à la mosquée, à l’école, dans leur quartier »
Le cardinal Jean-Louis Tauran, camerlingue et président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, s’est exprimé sur les exactions commises par certaines entités agissant au nom de l’Islam. Le cardinal est revenu sur les condamnations de ces exactions par les responsables musulmans: il déplore leurs insuffisances et surtout la culture du mépris que l’on peut retrouver dans une partie des masses musulmanes. Les condamnations ne doivent pas être platoniques et circonstanciées: elles doivent remettre effectivement en cause l’image du chrétien qui existe chez certains musulmans.
Indéniablement, des responsables musulmans ont pris la situation au sérieux et se sont prononcés d’une manière courageuse. Mais il faut continuer et ne pas donner l’impression qu’on s’exprime uniquement quand la communauté internationale s’agite : ces responsables doivent dénoncer ces violences à la mosquée, à l’école, dans leur quartier… Depuis un an, nous essayons de mettre sur pied une petite commission gouvernementale de dialogue entre chrétiens et musulmans en Irak : le travail a été interrompu par les événements de l’été, mais j’espère que nous y parviendrons.
Il y a effectivement un problème dans l’éducation des jeunes musulmans, qui reçoivent une mauvaise image des chrétiens et qui sont parfois familiarisés avec la violence:
Les musulmans qui se sont exprimés lors des rencontres auxquelles j’ai assisté sont d’accords pour dire que c’est toute une culture qui a rendu possible ces exactions : dès leur plus jeune âge, les petits garçons sont habitués à jouer avec des armes ; et à l’école, dans leurs manuels d’histoire ou de géographie, les enfants apprennent que les chrétiens sont des « mécréants ». Seule l’éducation pourra changer les choses : l’éducation religieuse, mais aussi l’éducation en général dans les familles…
De même, le cardinal déplore le « défaut dans la formation intellectuelle et religieuse de certains fidèles » :
Que penser du discours de certains musulmans qui affirment que ces violences n’ont « rien à voir avec l’islam » ?
J.-L. T. : Sans doute la majorité des musulmans ne se reconnaît-elle pas dans cette violence. Il faut toujours se souvenir que l’islam n’est pas une réalité unique, mais multiple, marquée notamment par la séparation entre sunnites et chiites : il y a donc plusieurs manières de vivre l’islam. Les djihadistes sont d’abord des criminels qui manipulent la religion. Mais ces groupes qui invoquent l’islam pour commettre leurs exactions montrent qu’il y a un défaut dans la formation intellectuelle et religieuse de certains fidèles…
Même si le cardinal n’entend pas renier tout dialogue interreligieux, on peut estimer que la « partie » chrétienne du dialogue attend des actes et des résultats effectifs… C’est tout un « enseignement du mépris » dont sont victimes les chrétiens qu’il convient d’éradiquer.
