Caen : « Touchez pas à mon séminaire »
Comme vous le savez maintenant , le séminaire Saint Jean Eudes de Caen fermera ses portes à la rentrée prochaine. Cette décision prise par les évêques des trois diocèses Bas-Normands suscite de nombreuses réactions, notamment chez les laïcs, et même chez les plus éloignés de l’Eglise.
Un groupe inter-diocésain s’est constitué sous forme d’un collectif nommé « Touchez pas à mon Séminaire « . Ce groupe demande avec confiance et respect à nos évêques de renoncer à la fermeture du séminaire et à toutes ses conséquences. Voici la lettre qu’ils ont adressé :
« À Mgr Jean-Claude Boulanger , évêque de Bayeux-Lisieux
À Mgr Jacques Habert , évêque de Séez
À Mgr Laurent Le Boulc’h, évêque de Coutances et Avranches
Messeigneurs,
Il nous semble qu’il est de notre devoir de baptisés de vous faire part de la très grande tristesse et profonde incompréhension qu’a provoqué en nous l’annonce soudaine et terrible de la fermeture du Séminaire Saint Jean Eudes de Caen.
En 2004, le séminaire ne comptait que 8 séminaristes. Pourtant dans ce contexte autrement difficile, sa fermeture ne fut pas décidée. Il nous semble que rien ne peut justifier la fermeture d’un séminaire qui fonctionne, d’autant plus quand il est fort de 17 séminaristes. D’autres diocèses en France rouvrent des séminaires avec 5 séminaristes.
Une décision aussi grave nécessitait une longue réflexion et la consultation des conseils presbytéraux de chacun de nos diocèses. Ne fallait-il pas aussi attendre la nomination imminente d’un nouvel archevêque de Rouen, primat de Normandie, pour prendre une décision collégiale, et l’orienter ainsi vers une dimension provinciale ? Les vocations ne sont-elles pas le bien le plus précieux d’un diocèse dans ce contexte ecclésial difficile ? Le soutien et l’attention portés au séminaire, prunelle des yeux d’un évêque, ne doivent-ils pas être une absolue priorité ? Peut-on prier pour demander des vocations sacerdotales, avoir un service diocésain dédié aux vocations et fermer le lieu de formation des futurs prêtres ?
Le séminaire Saint Jean Eudes est porteur d’un rayonnement inégalé ces dernières années dans la ville de Caen, notamment dans sa proximité immédiate avec l’Aumônerie des étudiants : c’est là un signe magnifique donné à tous ces jeunes.
Vous invoquez la fragilité des ressources humaines pour offrir une bonne formation aux séminaristes. Pourtant aujourd’hui, la plupart des séminaires de France font appel à des formateurs extérieurs, venant parfois de loin pour des formations sous forme de sessions de plusieurs jours : on offre ainsi une formation de qualité, tout en palliant la pauvreté des moyens humains locaux. Beaucoup de personnes se manifestent en donnant des idées nouvelles pour que les cours soient assurés. Il serait intéressant de les étudier.
Enfin, avez-vous bien mesuré l’impact et les dommages collatéraux qu’une décision aussi symbolique entraine inévitablement dans l’esprit de vos diocésains quant à l’avenir des vocations ? Les témoignages que nous avons d’ores et déjà reçu de nombreuses personnes, même éloignées de l’Eglise, sont éloquents à ce sujet ; sans parler des interrogations que cela suscite chez les séminaristes en cours de formation et dans l’esprit des jeunes en discernement vocationnel.
Nous voulons voir en nos évêques des pasteurs confiants en l’avenir, audacieux et témoins de l’Espérance. C’est pourquoi, conscients de la responsabilité et du caractère prophétique que nous confère notre baptême, nous vous supplions avec une grande confiance et un profond respect de revenir sur votre décision pour le bien et l’avenir de nos églises diocésaines et pour que soient donnés à vos fidèles des pasteurs selon le coeur de Dieu. Soyez assurés qu’une telle décision suscitera notre gratitude et notre plus vif soutien.
Nous vous assurons, Messeigneurs, de notre prière fidèle à votre intention. »
