Le palmarès de Golias
L’organe progressiste Golias a publié son trombinoscope des évêques de France, soit une somme de 462 pages. Nos épiscopes y récoltent des mitres (jusqu’à 5 pour les champions de Golias) ou des bonnets d’âne. Tant l’introduction, qui réclame presque un nouveau concile, une nouvelle surprise, que l’épilogue, qui dresse l’axe conservateur de l’épiscopat français, montrent que les rédacteurs de Golias se lamentent des nominations épiscopales. En lisant le trombinoscope nous comprenons ce désappointement. Voici les évêques les plus chéris de Golias, ceux qui ont obtenus les 5 mitres :
- Mgr Yves Patenôtre de Sens-Auxerre et Mission de France
Il va falloir s’habituer à ne plus voir cet excellent homme ! En effet, au début de l’année 2015, Yves Patenôtre fera valoir ses droits à la retraite. François acceptera-t-il fissa sa démission ou cherchera-t-il un profil similaire ? Réellement fraternel, conciliaire mais aussi programmé pour devenir évêque (et pas seulement à cause de son patronyme), Yves Patenôtre aura marqué favorablement aussi bien l’archevêché de Sens- Auxerre et l’évêché de Saint-Claude que la Mission de France, dont il était le prélat. Avec Mgr Rouet , Mgr Dagens ou Mgr Stenger , entre autres, il représentait l’aile libérale de la CEF, la moins fermée sur les questions touchant la vie ecclésiale et les défis de notre société. Une dernière fois, dressons le portrait de cet homme simple et souriant, chaleureux et confiant, vraiment sympathique. Mais d’ores et déjà, remercions-le vivement pour tout ce qu’il a pu dire et accomplir dans le cadre de ses missions.
Voilà qui commence mal pour Golias. Mgr Patenôtre a présenté sa démission en raison de son âge et a été remplacé par Mgr Hervé Giraud , venu de Soissons, à qui Golias a attribué 3 mitres (tout de même, mais ça va dans le bon sens).
- Mgr Pascal Delannoy de Saint-Denis
Son élection à la vice-présidence de la CEF en 2013 fut une bonne nouvelle ! Pascal Delannoy est non seulement un pasteur mais aussi un homme d’institution, sans être un fonctionnaire. Il a su trouver l’équilibre nécessaire entre gestion et pastorale. Intelligent et débonnaire, l’évêque de Saint-Denis peut se faire prophète (comme en 2012 dans les colonnes de Golias Hebdo où il déclara : « L’accueil de l’étranger s’inscrit dans l’Evangile »). Pascal Delannoy est un homme de cœur, certes classique mais à l’écoute et nullement soupçonneux à l’égard du monde.
Le plus jeune (58 ans) des préférés de Golias. Promis donc à un bel avenir à la tête de l’aile libérale de la CEF.
- Mgr Claude Dagens d’Angoulême
Parmi les évêques de France, sans doute le plus éclairé. Académicien, intellectuel mais doté d’une belle fibre pastorale, Rome le regarde avec curiosité et méfiance. Claude Dagens n’attend pas les décrets pontificaux pour penser par lui-même et c’est sans doute cela qui dérange. Et il pense sur tous les sujets, notamment politiques : fin 2013, l’évêque d’Angoulême appelait les catholiques à « prendre leurs responsabilités face au FN et au discours de la peur », ce qui fit rugir de colère les intégristes. Mais cela mérita aussi de faire sortir du bois ses collègues d’extrême-droite, qui se sentirent obligés d’intervenir et faire entendre leur musique… Mais de façon beaucoup plus laborieuse que leur collègue de Charentes : normal, ils n’arriveront jamais à la cheville d’un tel homme.
Là encore, pas de chance : Mgr Dagens doit poser sa démission en mai 2015. Au revoir et sans regret.
- Mgr Bernard Housset de La Rochelle
Difficile de « caser » Bernard Housset. L’évêque de La Rochelle et Saintes est capable de paroles prophétiques, d’indignations « justes », d’une certaine ouverture finalement mais avec mesure, de façon très réfléchie, avec prudence même. Tout, chez lui, est en nuance.
Golias cumule : Mgr Housset atteindra les 75 ans fatidiques le 1er juin 2015. Vraiment, une bonne année. Si tant est que le successeur relève, ne serait-ce qu’un peu, le niveau.
- Mgr Marc Stenger de Troyes
Un des meilleurs évêques de France ! Sa grande proximité, sa finesse intellectuelle, sa compréhension fraternelle en font une pointure de l’épiscopat. Il n’impose rien, préférant le dialogue sincère et ouvert : une qualité indéniable, il faut le souligner. Au reste, Marc Stenger n’a pas hésité à donner un entretien à Golias, sur « le défi de la paix », un enjeu majeur pour l’évêque de Troyes qui est aussi président de Pax Christi France, où il dépense une belle énergie pour favoriser l’entente cordiale et le « bien-vivre ensemble » entre les peuples. Marc Stenger, un évêque frères des hommes avec qui il lui arrive de courir (il est joggeur à ses heures perdues).
Agé de 69 ans, il a encore quelques années de nuisance. Cela fait 16 années qu’il oeuvre à Troyes et il est fort probable que Rome ne le déplace pas (Golias le voyait à Sens-Auxerre, mais c’est raté !), ce qui sera un moindre mal. A moins qu’il ne prenne sa retraite plus tôt que prévu, ce que semble craindre Golias.
- Mgr Jean-Charles Descubes de Rouen
La fine fleur de l’épiscopat français. Cet évêque d’exception, sous des allures un peu froides, cache un cœur « grand comme ça ». Il ne rechigne jamais à aller vers ses diocésains et à leur consacrer du temps : « Cela fait partie de mon ministère. Et puis quand je me compare à d’autres ayant le même niveau de responsabilité en entreprise, je ne peux pas dire que je suis plus surmené. » En dépit de cette qualité indéniable, Jean-Charles Descubes est une personnalité contrastée où timidité et anxiété font bon ménage, sans altérer jamais son discernement. Un anticonformiste ? Plutôt un tête-en-l’air (il chuta dans la Seine en 2008 alors qu’il se promenait le long des quais) ! Lui qui présida le Conseil Famille et Société (2005- 2011) sut nuancer le discours de l’Eglise sur ces questions ô combien délicates. C’est dans son caractère : ne jamais se laisser submerger par les événements et au contraire s’en éloigner pour en tirer un enseignement juste et mesuré. En tout cas, moins tranché – pour ne pas dire tranchant – que certains de ses confrères. Et de façon libre, comme le prouve sa devise épiscopale : « Appeler à la liberté ».
Bis repetita : né le 7 février 1940, Monsieur de Rouen a dépassé l’âge canonique depuis peu. Qui pour lui succéder ? Golias voit (encore !) Mgr Stenger. D’autres Mgr Brunin , qui serait promu, mais avec toutes ses casseroles, il ne faut pas y songer. Ce qui est certain c’est que pour cet archevêché, ce ne sera pas une nouvelle tête et il faudra dépouiller un autre évêché.
Voilà donc la bonne nouvelle de ce trombinoscope : sur les 6 évêques champions de Golias, on compte un quarteron de démissionnaires. Petit à petit, une génération chasse l’autre. Ce n’est pas très rapide, mais l’Eglise, cette vieille dame, n’a jamais été très pressée.
