Mgr Brunin revient sur l’affaire Brugère
L’évêque du Havre, président du Conseil famille et société, a donné un long entretien à Famille chrétienne , dans lequel il s’explique sur l’attitude des évêques face à la loi Taubira, aux manifestations géantes, mais aussi sur l’invitation de Fabienne Brugère à une séance de formation des délégués diocésains. Nous saurons gré à Famille chrétienne d’avoir osé poser les questions qui fâchent. En voici des extraits :
« Certaines familles qui ont manifesté contre le « mariage pour tous » ne se sont pas senties suffisamment soutenues par les évêques.
La majorité des évêques a pris position sur le « mariage pour tous » avec beaucoup d’esprit critique et a soutenu les chrétiens de leur diocèse qui se mobilisaient. C’est vrai que comme président du Conseil famille et société, je n’ai moi-même pas manifesté. C’est un choix qui avait été réfléchi avec d’autres évêques, je suis prêt à en rendre compte. On m’a fait un faux procès en disant que je n’avais pas soutenu : quand les chrétiens du Havre partaient en car, j’allais les saluer. Les inscriptions se faisaient à la Maison diocésaine. J’ai organisé des rencontres et publié des articles. Ce moment a été très passionnel. Il y a eu des tensions y compris entre chrétiens, et une certaine forme de radicalisation. Le Synode est arrivé au bon moment pour aider à dépasser les clivages politiciens, en fixant la priorité, l’évangélisation des familles.
Le document intitulé « Poursuivons le dialogue ! » publié en mai 2013 par le Conseil famille et société n’a pas vraiment rassuré ces familles…
Là encore cela n’a pas été compris. Oui la loi est passée, mais ça ne veut pas dire que nous sommes perdus et que nous n’avons plus rien à faire. Il faut avancer et continuer à proposer l’Évangile de la famille, parce qu’en face de nous il y a beaucoup d’idéologie mais aussi un vide de sens. Dans le nihilisme ambiant, nous avons un trésor que nous ne devons pas garder pour nous. Le Saint-Père nous exhorte à aller aux périphéries existentielles : il ne s’agit pas simplement de la misère sociale, mais aussi de la misère morale. L’Évangile est une force d’humanisation et de croissance qui s’adresse à tous. […] Quand j’ai dit que ce n’était pas d’abord un modèle de famille que nous avions à présenter mais une vocation, on me l’a reproché : « Il veut dire que tout se vaut ». Non, tout ne se vaut pas, mais quelle que soit la situation des personnes, l’Église doit leur annoncer cette vocation à l’amour dans le mariage, dans la famille, mais aussi s’engager dans leur accompagnement. L’idée est que les familles un peu plus solides viennent aider les autres en témoignant que c’est possible, sans cacher les épreuves traversées ni vouloir se présenter comme modèle, mais en disant à quel point la grâce du sacrement de mariage travaille dans leur vie. Il n’y a pas de famille parfaite dans le sens où aucune famille ne fait l’économie des difficultés de tous ordres mais aussi de la dynamique pascale de la Résurrection.
Décidément les fidèles ne comprennent rien, à croire qu’ils sont stupides…
« L’an dernier, on a eu l’impression d’un grand malentendu entre les évêques et les familles, notamment du fait de l’affaire Brugère et de La Manif pour tous. Comment l’expliquer ?
Que ce soit pour l’affaire Brugère ou la question de La Manif pour tous, nous étions dans un climat trop passionnel pour pouvoir mettre un peu de rationalité. Et je le comprends. Lorsque l’on est mobilisé, comme l’étaient les familles dans les Manifs pour tous, on a des choses à défendre qui sont vitales comme le couple, la filiation, la famille, les enfants, leur éducation. Dans ce climat, il était difficile de prendre un peu de recul, de poser les choses calmement et rationnellement. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à Fabienne Brugère de ne pas venir. Je ne voulais pas prendre la responsabilité d’une cassure. Les évêques sont au service de la communion et, même si je ne les percevais pas encore, j’étais persuadé que nous, catholiques, avions des projets à réussir ensemble, ce que la démarche synodale est venue positiver. Comme on a pu me reprocher d’avoir invité Fabienne Brugère, on m’a reproché d’avoir calé et d’avoir fait marche arrière. Mais c’est le prix à payer du service à la communion.
Pourquoi cette invitation ?
À l’époque, je revenais de Rome où nous avions rencontré le pape. Il nous avait alors annoncé le lancement du synode en nous disant : l’Église doit aider les familles à prendre soin des enfants et des aînés. Il a beaucoup insisté, depuis le début de son pontificat, sur cette idée du « prendre soin ». À mon retour en France, nous avons décidé d’évoquer cette idée du « prendre soin ». lors de la journée annuelle de formation des délégués à la pastorale familiale dans la perspective du synode : comment accompagner et prendre soin des plus vulnérables ? Comment devenir cette église « hôpital de campagne » qui se penche sur le blessé ?
Au sein du bureau du conseil Famille et Société, quelqu’un a proposé le nom de Fabienne Brugère qui a beaucoup travaillé ce thème-là. L’idée n’était pas de consacrer une philosophie, mais d’écouter ce que la société avait à dire sur ce sujet. Est-ce que la réflexion théologique se fait en vase clos ou se fait-elle en dialogue [ Sauf qu’il ne s’agissait pas d’un dialogue mais bien d’une formation, NDMB ] ? L’intervention de Fabienne Brugère n’était qu’un contrepoint dans cette journée. On ne la considérait pas comme une mère de l’Église. D’ailleurs, elle n’était pas la seule à intervenir. Nous avions également invité un Rédemptoriste et je devais moi-même participer à une table ronde l’après-midi. Lorsque l’affaire a éclaté, nous étions trop pris par le temps et il était impossible d’expliquer la genèse de cette formation qui s’inscrivait dans la ligne du Saint-Père.
Dans le « prendre soin » ou « care » développé par Fabienne Brugère, tous les modes de vie se valent. L’idée que vous avez évoquée de cheminer avec les personnes vers leur vocation est absente de cette philosophie.
Il manque effectivement une approche chrétienne à cette philosophie. Quand l’Église demande que l’on accompagne les familles en difficulté, ce n’est pas pour qu’elles restent là où elles en sont, mais pour qu’elles répondent à leur vocation. La mission de l’Église est de les accompagner dans un cheminement.
Le pape François invite à prendre soin des plus vulnérables, mais aussi à les guérir, à les libérer et à les encourager à mûrir dans une vie chrétienne. Ce serait manquer de foi si l’on pense que ces personnes ne sont pas capables de s’en sortir. Cela signifierait que nous ne croyons pas en la grâce de Dieu, car Dieu ne donne jamais la vocation sans donner sa grâce. Se taire et ne pas proposer un chemin à ces familles en difficulté, ce serait ne pas croire en elles et donc pécher contre Dieu lui-même. »
Le fait est qu’il ne manque pas d’approche chrétienne à cette « philosophie » qui est une idéologie. Le pape Jean-Paul II l’a dénoncé il y a déjà 20 ans, lors des conférences du Caire et de Pékin. Le Lexique des termes ambigus et controversés : Sur la vie, la famille et les questions éthiques, publié en 2005, consacre plusieurs pages à l’idéologie du gender. Ce que l’on attend d’un évêque, c’est d’abord l’enseignement de l’Eglise, pas d’organiser un espace relativiste où toute opinion est mise à égalité, alors même que Rome s’est exprimé, et depuis longtemps, sur ce sujet. Mais bon, les fidèles sont sans doute trop bêtes pour comprendre….
