« Jamais je ne suis sorti avec un écriteau Je suis Charlie »

Le cardinal Philippe Barbarin a répondu aux questions du Parisien . Extraits :

« Votre grand-mère athée vous rétorquait «A quoi tu serviras ?» quand vous lui évoquiez votre désir d’être prêtre. A quoi servez-vous pendant Pâques ?

A la louange de Dieu. Le jour de Pâques, on rend gloire à Dieu, l’homme a été créé pour ça. Je vais aussi baptiser huit personnes, ça me procure une joie énorme. Je ne suis pas père de famille. Mes enfants, ce sont ceux que j’ai baptisés. J’aime tout le monde mais ceux-là, je les aime… plus que les autres.

Soeur Emmanuelle vous avait demandé le 15 août 2004 : Et toi, qu’est ce que tu vaux comme évêque, est ce que tu mets le feu à ton diocèse ? Que répondez-vous aujourd’hui ?

Je fais ce que je peux. Il faut savoir dire sa joie mais je vois aussi les carences partout, ce qu’il reste à faire. C’est ma mission, la transformation de l’Eglise. J’ai la chance d’avoir des collaborateurs en or massif, qui sont de véritables TGV, qui ont beaucoup d’idées nouvelles, qui prennent des initiatives pour la pastorale des jeunes, des quartiers, des paroisses… Cela dit, des endroits à réveiller dans mon diocèse, là où l’on serait heureux de lancer une équipe nouvelle et vraiment missionnaire par exemple, j’en ai à la pelle !

Etes-vous Charlie ?

J’ai rarement été heureux des caricatures de Charlie Hebdo, plusieurs m’ont blessé, notamment celles sur le pape Benoît XVI et le cardinal Vingt-Trois. Se moquer de la foi des autres, c’est tout de même douloureux. Mais évidemment entre cette blessure et l’horreur, la monstruosité d’aller massacrer des gens dans leur salle de rédaction, c’est sans commune mesure. Cela a été un choc pour nous tous. Je suis allé manifester le soir même à Lyon. Mais jamais je ne suis sorti avec un écriteau Je suis Charlie , cela aurait été un mensonge, et d’ailleurs personne ne m’aurait cru.

Quelles leçons tirez-vous de ces tragiques événements ?

Que le monde est malade. Quand une société est abîmée par la violence, la grande question qui m’habite, c’est : Comment arriver à lui amener un peu de paix ? En même temps, je vis dans une société pour laquelle j’ai une très grande reconnaissance. Quand j’ai eu un infarctus à Cayenne en 2013, elle m’a sauvé. Franchement, merci !

Notre vivre-ensemble est-il menacé ?

Il y a de grosses blessures mais aussi de belles choses qui se passent ici. Le Recteur de la grande mosquée de Lyon, pour moi, c’est un frère. Je crois que ce choc monstrueux a amené les gens à se rapprocher les uns des autres. A différents endroits, la parole très forte des musulmans condamnant Daech, a pacifié les esprits.

Dans votre livre, vous demandez pardon aux homosexuels que vous avez pu faire souffrir durant les débats sur le mariage. Vous avez revu votre position ?

Je continue de penser que le mariage homosexuel est une erreur profonde. Mais grâce à ces débats, j’ai eu davantage de contacts directs et francs avec les couples homosexuels, cela m’a énormément rapproché d’eux. Ils sont venus me raconter leurs souffrances, les phrases parfois blessantes qu’ils ont entendues. Du coup, j’ai envie qu’on veille à leur donner leur vraie place à l’intérieur de l’Eglise pour qu’ils ne se sentent pas en marge. Je vois l’attention dont ils ont besoin, les contradictions qui les habitent parfois et là, je me dis qu’on a un grand effort à faire. J’ai alerté nos communautés pour eux : nous avons besoin de tout le monde pour construire l’Eglise.

Vous laissez aussi entendre que maintenant qu’une loi permet le mariage entre personnes du même sexe, la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui sont inéluctables ?

Je ne vois pas comment à partir du moment où l’on a accepté le mariage entre deux femmes ou deux hommes et l’adoption, on peut interdire la suite. Pour autant, je ne suis évidemment pas d’accord. Je trouve que c’est déstructurant pour une société.

La loi sur la fin de vie votée le 17 mars instaure un droit à une sédation «profonde et continue» jusqu’au décès pour les malades en phase terminale. Ce texte vous satisfait-il ?

Dans les mots, presque, dans les faits, faut voir. J’espère qu’il n’y a pas de mensonge. Et en même temps, je le crains. A l’Assemblée, j’ai quand même entendu : il faut absolument faire un pas, avancer sur cette question. Mais vers quoi ? Ce qui me fait peur, c’est qu’on décrète la mort. Si on réalise une sédation profonde et qu’on décide Le terme, c’est aujourd’hui, c’est de l’euthanasie dans les faits, gare aux dérives !