Une écologie fraternelle : une attention prioritaire au service des plus faibles

Message de Mgr Jacolin , évêque de Mende :

« L’écologie remonte aux origines du monde, car le premier écologiste… c’est le Créateur lui-même ! Et la charte fondatrice de toute écologie est le récit de la création dans la Bible.

A chaque étape de la création, au cours des cinq premiers « jours », revient comme un refrain l’expression : « Et Dieu vit que cela était bon ». Mais le sixième jour, l’expression s’amplifie : « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon ». Souvent, on interprète ce « très bon » comme visant uniquement la création de l’homme. Mais non : il est bien dit qu’il s’agit de « tout » ce que Dieu a créé, à savoir tout l’univers naturel dans son harmonie globale. Et cette nature toute entière est confiée à l’homme pour qu’il en ait la maîtrise et qu’il en préserve la bonté fondamentale voulue par Dieu : quelle responsabilité pour l’homme !

Le monde occidental, malgré le sens biblique de la création, n’a pas toujours respecté la vocation de gardien de la création confiée par Dieu à l’humanité. Cependant saint François d’Assise, parce qu’il avait une profonde foi en Dieu créateur et sauveur, a su la magnifier à travers des gestes symboliques et son merveilleux Cantique des créatures. Avec son génie de poète, il loue Dieu pour « messire frère Soleil »… pour « sœur notre mère la Terre »…

Cependant on oublie parfois la dernière strophe de son cantique. Rappelons-la :

Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour notre sœur la Mort corporelle
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ; heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire.

Saint François, à l’approche de sa propre mort, a cette audace de louer Dieu pour « notre sœur la Mort corporelle » ! Dans un regard de foi, il voyait qu’avec elle se joue le sens de toute la vie comme un don de Dieu et comme un chemin qui nous conduit à sa rencontre.

Aujourd’hui la mentalité utilitariste occidentale, après avoir réduit la nature à n’être qu’un objet à exploiter, se retourne contre l’homme lui-même. Puisque vieillissant il n’a plus « d’utilité » et qu’il pèse de plus en plus par sa dépendance sur ceux qui sont en pleine activité, pourquoi ne pas le convaincre que « sa dignité » lui commande de disparaître ?

Monseigneur Pierre d’Ornellas dans son livre «Fin de vie, un enjeu de fraternité » attire notre attention sur ce point : « Lors de la fin de vie, le regard porté par autrui et par le corps social sur la situation d’une personne influence profondément ses facultés d’autodétermination et cela d’autant plus qu’est bousculée l’image qu’elle a d’elle-même. Quand une tendance forte de la société martèle que le critère d’une vie valant d’être vécue est d’être en pleine possession de tous ses moyens, est-on si libre de se déterminer ? »

Que saint François nous aide à trouver le vrai sens de l’écologie, une écologie fraternelle : savoir prendre soin de notre « maison » terrestre pour qu’il y fasse bon vivre tous ensemble jusqu’au bout de la vie, avec une attention prioritaire au service des plus faibles comme dans toute famille où on s’aime vraiment ! Que chacun, entouré des siens, puisse accueillir la mort naturelle comme « notre sœur » nous introduisant dans la maison du Père en compagnie de toute la création qui, comme nous le dit saint Paul, « a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu » ! »