La grisaille épiscopale est tout sauf grisante pour des jeunes prêtres…

Il y a “Les Prêtres” qui chantent. Puis il y a les prêtres qui déchantent… Un petit groupe de ces derniers – diocésains et tout et tout… – nous a fait parvenir un court texte qui dit beaucoup en peu de mots. Qui a osé dit que les grandes douleurs sont muettes ?

Les ultimes nominations épiscopales en France, confirmant une ligne établie depuis maintenant une dizaine d’années, sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il n’est pas nécessaire de s’entortiller dans les voiles faussement pudiques du “pas de vagues, pas de polémiques”. Trop, c’est trop.

Même profil, même style, même parcours, même langue de bois parfaitement huilée dès le premier instant de leur nomination, la nouvelle génération épiscopale française ne tranche pas. C’est le moins que l’on puisse dire ! C’est plutôt à un tsunami de “cols gris” auquel nous assistons. Le “col gris”, c’est le « signe minimum d’identité convenue » (SMIC) du monde ecclésiastique. C’est le ni ni vestimentaire. Le mi chèvre, mi chou symbolique. Ni “tradi” ni “progro”, bien au contraire ! Le ton sur ton, c’est gracieux, mais ça manque de caractère. Le naufrage continue, l’incendie est à son maximum, l’Église ressemble à un « hôpital de campagne » comme dit l’autre, et on nous envoie, l’un après l’autre, une succession de parfaits petits technocrates, gentils, propres sur eux, sans odeur et sans saveur. Parfaitement insérés dans les rouages de l’appareil, lisses, sans accroc, soyons rassurés, ils ne feront pas de vagues. Finis les dérapages à la Gaillot. Finie la « connivence » avec le gauchisme. Les quelques trublions qui sont passés quand même (genre Toulon) sont « under control ». Une honnête médiocrité. Vous me direz que rien ne change. Les historiens nous l’assurent, il en est de même depuis deux cent ans dans « notre République » (Georges Pontier). Un évêque français, c’est un bon garçon qui n’a pas démérité, mais qui a rarement risqué de le faire. Expériences pastorales audacieuses qui auraient pu le mettre en porte à faux, remises en cause des options douteuses du passé, indépendance d’esprit et de manières dans l’institution, ne comptez pas sur lui pour cela. Unité, « vivre ensemble » et alignement, c’est le mot d’ordre. L’ennui naquit un jour de l’uniformité…

À qui la faute ?

  1. À un mode général de sélection des élites ? Une endogamie privilégiant des modes de reproduction en interne et l’entretien de hiérarchies constituées par la connivence de petits réseaux consanguins, l’ensemble tout uniment verni d’idéologie “infantilement correcte” ? En d’autres termes, par le copinage oligarchique qui “écrème” systématiquement ceux qui n’appartiennent pas au sérail, qui n’ont pas l’heur de plaire aux maîtres du moment, et en tuant toute critique ? Cela y ressemble furieusement.
  2. À la “nonciocratie” qui ne peut que proposer son propre modèle au choix du pontife ? Tout le monde sait qu’un nonce est un clerc qui n’a quasiment jamais eu d’expérience pastorale réelle, sélectionné sur des critères obscurs et habitué toute sa vie à se plier à l’autorité administrative dans le monde étroit de la diplomatie vaticane. Ce système a érigé la docilité en valeur suprême exigée de tout candidat. Peut-il engendrer un épiscopat libre et courageux ? Poser la question, c’est y répondre.
  3. À l’indifférence de Rome vis-à-vis d’une Église en perte de vitesse, réduite à la portion congrue démographique dans le monde, incapable de répondre lucidement aux défis du futur, tandis que d’autres s’éveillent ou se réveillent (États-Unis, par exemple) en annonçant des moissons abondantes ? Les autorités emploient ailleurs leurs énergies. C’est logique. Pour le bien de l’Église, dans le monde et en France, l’analyse semble ouvertement partagée par nombre de clercs : « … lors du choix des nouveaux évêques, les candidats sont examinés de façon insuffisante, surtout en ce qui a trait à la fermeté exempte de doute, à l’intrépidité dans la défense de la foi, à la fidélité aux traditions séculaires de l’Église et à la piété personnelle » (Mgr Jan Pawel Lenga).