France-Vatican : le bras de fer continue
Le secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin , se rend à Paris où il doit arriver mardi 2 juin. Il est attendu mercredi 3 juin au matin au siège de l’Unesco pour intervenir sur l’Église et l’éducation. Le numéro 2 du Saint-Siège s’entretiendra avec François Hollande sur « des sujets d’actualité internationale », indique l’Elysée. La présidence espère parler du climat et de la conférence internationale qui aura lieu à la fin de l’année, mais il est fort probable que le cardinal évoque le sort des chrétiens d’Orient et l’action de la France pour trouver une solution à la crise.
Le cardinal devrait aussi parler de la nomination toujours bloquée d’un nouvel ambassadeur de France près le Saint-Siège. Le gouvernement français a proposé le diplomate Laurent Stefanini depuis le 5 janvier dernier. Cela commence à faire long. L’absence d’agrément du Saint-Siège vaut décision implicite de refus de cette nomination. Paris ne veut pas céder et déclare en public qu’il s’agissait du « choix de la France » et que, si le Vatican rejetait son candidat, à lui de « l’assumer ». « Le dialogue est encore ouvert et nous espérons qu’il puisse se conclure de manière positive », a déclaré le chef de la diplomatie vaticane, le 26 mai. Sur le fond, le pape n’a aucun grief personnel envers le candidat de l’Élysée. Son homosexualité discrètement assumée n’est pas en cause. En le recevant en privé le mois dernier, le pape a signifié que le problème ne concernait pas la personne elle-même mais ce qui est considéré comme une instrumentalisation par l’Élysée de cette nomination. « Il a senti que François Hollande voulait lui forcer la main et il ne cédera pas » . En somme, le pape ne veut pas que son agrément puisse servir de caution au mariage homosexuel.
Un prélat français en fonction à Rome explique :
« L’attitude de la France a été inqualifiable. Ce n’est pas tant la personne choisie qui est en cause que le procédé, en contradiction totale avec les règles diplomatiques. C’est comme si nous désignions nos évêques avant que le ministre de l’Intérieur ne les accepte. »
Dans ce contexte, la perspective d’un voyage du pape en France s’éloigne. Envisagé en 2015, ce déplacement pourrait ne pas avoir lieu… avant le deuxième semestre de 2017. Le Vatican évite les périodes préélectorales. Le père Lombardi, responsable du bureau de presse du Vatican, indique :
« Pour l’instant, aucune date n’a été arrêtée et aucun travail préparatoire n’est engagé. Un déplacement en Europe est certes moins difficile à organiser que sur un autre continent, mais pour l’instant nous n’avons pas de date. »
François n’a pas de lien avec la France, contrairement à ses prédécesseurs et il ne parle pas la langue de Molière. Le Français, langue diplomatique du Saint-Siège, perd du terrain à la curie. Le poste de « ministre des Affaires étrangères », souvent dévolu à un Français, a été confié à un Britannique, Mgr Paul Gallagher . Le frère Serge-Thomas Bonino , doyen de l’université de l’Angelicum pour la philosophie, précise :
« Depuis cinq ans, nous n’avons plus d’étudiant français à l’école des nonces apostoliques. Pour l’instant, la France compte six nonces en fonction. Qu’en sera-t-il à l’avenir? Les diocèses français, confrontés à la crise des vocations, retiennent leurs prêtres dans les paroisses »
