Dans les grandes villes on peut encore s’illusionner, mais à Pamiers…
Mgr Jean-Marc Eychenne , ancien vicaire général du diocèse d’Orléans est aujourd’hui évêque de Pamiers. Il a été interrogé par Magcentre . Extraits :
« Un jour le nonce apostolique m’a téléphoné. A cet instant- là, je me suis demandé si j’avais produit un article dans la presse qui n’avait pas plu et si je n’allais pas me faire tirer les oreilles ou bien si on allait me demander de prendre une nouvelle responsabilité. Il est vrai que je n’avais pas pensé en Ariège, dans ce territoire dont je venais. En fait, sur l’instant, j’en ai été très heureux en raison de mes racines familiales et des enjeux forts pour ce diocèse et pour notre institution l’Eglise.
Des enjeux forts, quels enjeux ?
Ce sont ceux qu’énonce très souvent le pape François dans ses interventions et dans son encyclique : l’avenir de notre société va se jouer non pas au centre mais sur les périphéries. Dans mon diocèse on est typiquement dans les périphéries, géographiques et sociales, dans une partie de la France qui connait des difficultés économiques. Le diocèse de Pamiers qui compte trois cathédrales est un diocèse très rural sans grandes étendues céréalières comme en Beauce, mais avec dans l’ensemble, sauf au nord de petites exploitations souvent montagnardes. Tout y demeure à dimensions humaines, la population y est modeste, 155 000 habitants. Dans les fonctions que j’occupais dans l’Orléanais il m’est arrivé d’avoir autant ou plus d’habitants sous ma responsabilité. Or, ici, ces gens confrontés à cette réalité quelque peu austère, difficile économiquement, socialement se posent les bonnes questions sur notre société.
Dans les grandes villes on peut encore s’illusionner, penser que tout va bien, y compris dans notre institution. Dans une grande agglomération comme l’orléanaise, lorsqu’on célèbre la messe, l’église se remplit peu ou prou. On oublie alors que rapporté à l’importance de la population c’est très peu. […]
Je n’exerce mon ministère que depuis six mois. Je suis encore un phase d’observation et d’écoute des uns et des autres y compris à l’extérieur de l’église, de la réalité du monde ariégeois. Je n’arrive pas avec des idées à priori même si j’ai un certain nombre de choses en tête liées à mon héritage et à mon expérience mais je ne veux rien imposer sans dialogue, ce ne serait pas efficace, çà ne passerait pas.
Comptez-vous vous rapprocher des autres religions ?
Avec les autres confessions chrétiennes il existe une tradition de dialogue œcuménique. Le 6 septembre au temple du Carla-Bayle j’ai assisté avec d’autres catholiques du diocèse à l’ordination d’une jeune femme pasteur. En ce qui concerne l’islam, je n’ai pas encore eu le temps de rencontrer des communautés référées à l’islam, mais il y a urgence. Il faut être dans des logiques de dialogue. On sent bien qu’il y a de la peur, souvent mauvaise conseillère et des interrogations sur certains courans liés à l’islam. Il faut faire tomber ces peurs et se placer dans une logique de rencontre. L’association « Coexister » possède une antenne à Toulouse que j’aimerais étendre jusqu’à l’Ariège. Elle regroupe des jeunes chrétiens, juifs, musulmans, athées. Ils démontrent que l’on peut vivre ensemble, être amis et avoir des projets communs sans se lancer dans de grands débats philosophiques ou théologiques. Je voudrais la faire exister ici, à Pamiers. C’est pour moi une priorité. »
