Mgr Blondel nommé commissaire pour la Communauté Saint-Jean

L’évêque émérite de Viviers, Mgr François Blondel , a été nommé par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée commissaire ad hoc pour la Famille Saint-Jean. Cette congrégation florissante connaît depuis quelques années une crise douloureuse, entre des révélations sur son fondateur, le père Marie-Dominique Philippe , aujourd’hui décédé, dont certaines parties de son enseignement sont à corriger, une crise de gouvernement au sein des sœurs contemplatives (plus de 100 seraient parties en quête d’une nouvelle fondation) et des dérives de certains frères, livrés à eux-mêmes (il se dit même qu’il y a plus de sorties que d’entrées dans la communauté).

Après s’être opposé en 2001 à la réélection du père Philippe comme prieur général de la communauté des frères de St Jean, le Vatican avait imposé en 2003 deux assistants de gouvernement en la personne de Mgr Madec pour les frères de St Jean et Mgr Poulain pour les sœurs contemplatives. A partir de 2009, la crise traversée par la communauté des sœurs contemplatives et gérée par le cardinal Barbarin , avait conduit à la nomination de Mgr Bonfils puis de Mgr Brincard en tant que commissaire pontifical des sœurs contemplatives de St Jean. Mgr Brincard devenant même par la suite émissaire pontifical des sœurs contemplatives jusqu’à son décès récent. Sœur Paul-Marie Moulin a été élue en mai prieure générale. Mgr Blondel prend la suite pour accompagner les trois branches de la communauté – frères, sœurs apostoliques et contemplatives –, sans se substituer à leurs supérieurs.

Le Vatican a demandé à Mgr Blondel d’aider cette communauté,

Rome veut avoir une juste évaluation de la figure du P. Marie-Dominique Philippe et vérifier entre autres si sa théorie sur « l’amour d’amitié » dont il parlait dans ses enseignements a pu ouvrir la porte à des dérives et à la justification d’abus affectifs. Au terme du chapitre général de 2013, le prieur général, le P. Thomas ­Joachim avait écrit à tous les frères pour les informer que leur fondateur, décédé en 2006, avait « parfois posé des gestes contraires à la chasteté » à l’égard de femmes qu’il accompagnait. Le chapitre général avait aussi reconnu des manquements de certains frères à la chasteté. Parmi eux, le père Marie-Dominique Goutierre , entré en 1982 à la Congrégation St-Jean. Il a été un des plus fidèles disciples du père Philippe, et fut maître des Études dès 1990. Il a été condamné pour « absolution du complice » et privé pendant 5 ans du droit de confesser et de célébrer publiquement la messe, par décret de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 21 novembre 2013.

Mais un petit groupe continue à demander la réhabilitation du P. Philippe ( lire ici leur lettre ouverte ).

Mgr Blondel fut pendant plusieurs années chargé de la vie consacrée pour la Conférence épiscopale. Il va rencontrer les supérieurs de Saint-Jean et devrait participer au chapitre général d’avril prochain.

[ Addendum ] Un lecteur me fait remarquer que le père Goutierre a fait appel de sa condamnation. Appel suspensif, qui lui permet de toujours célébrer publiquement. Dont acte. Néanmoins, ce n’est pas le seul cas et bon nombre de prêtres de la Cté ont fait l’objet de plaintes pour des actes malheureux (pas forcément contraires à la chasteté). Certains ont du aller se ressourcer dans certaines abbayes, en dehors de la communauté, pour comprendre les problèmes liés à leurs attitudes, à leurs comportements. Comportements dont ils n’avaient pas conscience. C’est dans des abbayes aux règles et à l’expérience plus que millénaire qu’ils ont pu prendre conscience de l’orientation erronée qu’on leur avait enseignée, notamment au travers de cette doctrine de « l’amour d’amitié ».

Il n’est pas infâmant de corriger certaines erreurs dans une congrégation encore jeune. C’est au contraire dans la sagesse de l’Eglise d’effectuer un travail de clarification dans le charisme propre de cette communauté. Si le père Thomas a émis des accusations qui en ont choqué certains, qui s’en sont émus publiquement, il n’a pas commis l’erreur de mettre sur la table les divers cas de personnes blessées par des prêtres à qui il n’a pas été vraiment enseigné les complexités de la direction spirituelle… Il ne suffit pas d’avoir fait beaucoup de philosophie pour devenir un maître en direction spirituelle. Cette clarification, demandée par Rome, passe notamment par le recours à l’expérience avérée des autres communautés. Ce travail est en cours de clarification.