Crise des migrants: tous les évêques ne versent pas dans le discours lacrymal

Non: tous les évêques ne versent pas dans l’indignation lacrymale, sans mesurer les conséquences de leurs propos. Certains pasteurs voient les difficultés que pose un accueil décrété sous le coup de l’émotion. Les mouvements de population ne sont pas aussi reluisants que cela.

Il y a d’abord cet évêque hongrois – donc des « périphéries » – qui dénonce les récentes vagues migratoires sans mâcher ses mots. Mgr Laszlo Kiss-Rigó, évêque de Szeged-Csanád , ose affirmer que le pape « ne connaît pas la situation » (!) et qu’il ne s’agit pas d’une crise humanitaire, mais d’ » une invasion ». C’est en effet ce que relate le Washington Post . L’évêque hongrois affirme même: « ils viennent ici en criant ‘Allah Akbar’ . Ils veulent nous envahir » . L’évêque se déclare également en accord avec le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. Pour Mgr Kiss-Rigó, les valeurs européennes sont menacées. Quant aux migrants, il affirme que « la plupart d’entre eux se comportent de manière très arrogante et cynique » . peut-être a-t-on compris que les réfugiés ne sont pas exempts du péché originel…

Il y a ensuite Mgr Henryk Hoser , évêque de Varsovie-Praga (Pologne), qui affirme :

Je crois que l’Europe connaît actuellement une période analogue à celle du haut moyen âge, lorsque les peuples nomades ont afflué arrivés ici en provenance d’Asie. Et que va-t-il se passer, maintenant ? Probablement, l’Europe sera musulmane, cela ne fait aucun doute.

Enfin, le pape lui-même – après tout, il est aussi évêque de Rome – qui rappelle

que les conditions de sécurité des frontières ne sont plus ce qu’elles ont été. La vérité est qu’à 400 kilomètres de la Sicile, il y a un groupe terroriste d’une incroyable cruauté. Et qu’il y a un danger d’infiltration. C’est vrai.

Si on était un peu ironique, on pourrait parler de collégialité ou même de correction fraternelle. On voit bien que la crise migratoire actuelle est susceptible d’appréciations nuancées et circonstanciées. On remarque aussi que le fait d’être évêque ne conduit pas forcément à la surenchère démagogique et à l’acquiescement médiatique émotionnel. En tout cas, ces propos font, comme dit une certaine phraséologie ecclésiale, « débat ».