Le dialogue interreligieux est un dialogue entre croyants et non entre religions
Le cardinal français Jean-Louis Tauran , président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, explique à La Croix le sens à donner à la déclaration du Concile Nostra astate sur les relations de l’Église avec « les religions non chrétiennes ». Voici ses réponses :
« Cet anniversaire est l’occasion de nous souvenir de la grande nouveauté de Nostra aetate : pour la première fois, le Magistère reconnaît les parcelles de vérité existant dans les autres religions. Par cette déclaration, l’Église affirme que tous les hommes, toutes les femmes ont un rapport avec la transcendance. Et que, avec d’autres religions, nous adorons le même Dieu, même si nous avons différentes manières de le rejoindre. Or si, ensemble, nous croyons que nous sommes des créatures, comme dans une famille, nous ne pouvons pas nous contenter de nous tolérer : nous devons passer de la tolérance à l’amour. C’est en cela que les religions sont porteuses de fraternité.
Comment, pour un catholique, articuler sa foi dans le Christ qui est « le chemin, la vérité et la vie » et la reconnaissance de ces parcelles de vérité ?
Nous, catholiques, avons la vérité, mais nous avons besoin chaque jour de nous y conformer. Le dialogue interreligieux est un compagnonnage : nous sommes tous des pèlerins en marche vers la vérité. Il faut toujours se souvenir que le dialogue interreligieux est un dialogue entre croyants et non entre religions. Nous avons à nous laisser séduire par cette vérité, chaque jour la tâche recommence…
[…] Le climat actuel au Moyen-Orient constitue une épreuve pour le dialogue interreligieux. J’observe que des catholiques continuent à craindre l’islam alors qu’ils n’ont jamais rencontré un musulman, jamais ouvert un Coran. Ils reprochent aussi au dialogue que nous menons de ne jamais être inspiré des lois ni de la rue… En un certain sens c’est vrai, mais notre dialogue avec les élites des différentes traditions religieuses a porté quelques fruits. Ainsi, lorsque je suis allé en Iran l’an dernier, j’ai entendu dire par les interlocuteurs qu’il n’y avait « pas d’opposition entre foi et raison » . Nos amis iraniens ont voulu traduire en langue farsi le Catéchisme de l’Église catholique pour mieux nous connaître. En Irak, en Égypte, au Liban mais aussi dans certains pays du Golfe, des initiatives sont prises. Au milieu de l’obscurité, il y a aussi la lumière ! […] Nous sommes entrés dans un nouveau monde, personne ne sait réellement où l’on va. Dans cette période difficile, les chrétiens doivent avoir le courage de la différence : en ayant une idée claire de leur foi, ils pourront engager le dialogue avec d’autres croyants. Je crois beaucoup aussi au rôle de l’école, de l’université : les établissements catholiques, présents partout dans le monde, ont une tâche capitale en la matière. Le travail en théologie des religions doit également se poursuivre. Pour des raisons évidentes, nous sommes un peu otages des tensions qui traversent l’islam, mais il nous faut aussi nous informer sur les religions africaines ou asiatiques, sur le bouddhisme, le confucianisme… Surtout, les hommes et les femmes doivent aujourd’hui comprendre que l’avenir n’est pas de s’entre-tuer mais de voir ce que l’on peut faire ensemble. »
