L’épiscopat se divise sur les « migrants »

Lors de la dernière assemblée des évêques de France, à Lourdes, ce qui a fait l’objet des débats les plus âpres c’est l’accueil des migrants. Notamment parce qu’un cardinal italien, Mgr Francesco Montenegro , archevêque d’Agrigente a interpellé ses pairs français en ces termes :

« Quelle Europe souhai- tons-nous ? Une Europe ouverte ou fermée ? Une forteresse ou un pont ? Maison malade d’eurocentrisme ou maison ouverte qui accueille et sait voir loin ? »

Mgr Christian Kratz , évêque auxiliaire de Strasbourg lui a répliqué :

« Ne sous-estimons-nous pas l’importance de la religion, en particulier musulmane ? Je constate que l’islam fait peur, suscite des rejets, aussi parce que partout où il est majoritaire, l’islam ne respecte ni les droits de l’homme ni la liberté religieuse. »

Réponse du cardinal Montenegro :

« Nous n’avons pas à choisir les migrants que nous accueillons car c’est l’Évangile qui nous dicte. »

Mgr Eric de Moulins-Beaufort , évêque auxiliaire de Paris, a aussi jugé« sévères » les critiques de l’archevêque d’Agrigente contre l’Europe :

« Tous les citoyens y sont égaux en droit. Ils peuvent exprimer des craintes devant l’arrivée d’une po- pulation n’ayant pas les mêmes références culturelles et religieuses et nourrissant du ressentiment à notre égard. »

L’archevêque de Rouen a demandé que l’on distingue dans l’accueil les migrants entre ceux qui passent, comme à Lampedusa, et ceux qui restent. En revanche, Mgr Pontier , lui, « au nom de l’Evangile », a assuré que l’on ne saurait distinguer les uns des autres car tous souffrent. En tout cas aucune distinction entre les clandestins et ceux qui sont légalement chez nous…

Un autre invité étranger Mgr Fülöp Kocsis , archevêque de Hajdúdorog, en Hongrie, a demandé la parole pour défendre le gouvernement de Viktor Orban qui a édifié un mur

« pour contrôler l’afflux de jeunes migrants, venus sans papier, sans vêtement de rechange et refusant d’être enregistrés. »

Comme ses collègues objectaient que ce n’était pas conforme à l’Evangile, il a répliqué que c’est une mesure qui s’imposait dans l’urgence face « à l’inondation islamique ». Voilà qui est parler ferme et clair !

Une autre question délicate a été abordée à Lourdes : la présence de plus en plus importante de prêtres africains dans les paroisses, environ 10% du clergé en activité, ce qui commence à faire beaucoup. C’est le manque de vocations chez nous qui explique cette situation. Peut-être est-ce un juste retour des choses : nous leur avons envoyé des missionnaires pour les évangéliser, c’est maintenant leur tour de nous aider à propager la foi en France ?

Mais cela ne se passe pas toujours bien, ont dit nos évêques, en présence de Mgr Bernard-Emmanuel Kasanda , évêque de Mbujimayi, en République démocratique du Congo, qui a déclaré que ses confrères africains envoyaient en France « l’élite » de leurs prêtres. Il n’a d’ailleurs pas dissimulé les raisons très matérielles qui peuvent pousser les prêtres à quitter leur pays d’origine et à ne jamais y retourner, ou seulement à contrecœur, après un trop long séjour en Europe. De leur côté, les évêques français ont regretté de découvrir la situation médicale de certains prêtres africains, débarquant en France. Ils ont aussi déploré le rapport à l’argent de certains d’ente eux, notamment la recherche de fonds à envoyer dans le pays d’origine.

Source : Le Bulletin d’André Noël