Cardinal Poupard : pas de Vatican III
Le cardinal Paul Poupard , président émérite du Conseil pontifical pour la culture et du Conseil pour le dialogue interreligieux, a été au service de quatre papes, Jean XXIII , Paul VI, Jean Paul II et Benoît XVI . A l’occasion du cinquantenaire de la clôture de Vatican II, le 8 décembre 1965, il revient sur quelques éléments pour la formation pastorale du canton de Fribourg.
Une personne lui demande s’il ne faudrait pas envisager un concile Vatican III. Le cardinal Poupard répond :
”Avez-vous lu tous les textes de Vatican II ? Généralement j’ai un silence respectueux. Si j’en avais le pouvoir, je demanderais même avant d’ordonner évêque un prêtre, qu’il affirme avoir lu tous les textes du Concile.” Un des secrétaires de la Commission théologique internationale disait un jour: ‘Il y a des millions de personnes qui savent ce que l’on a écrit sur le Concile, il y en a des centaines de milliers qui savent ce que l’on a dit au Concile, il y en a quelques milliers qui savent ce qu’a dit le Concile.”
Pour bien connaître le Concile, le cardinal Poupard en rappelle d’abord ‘intention. Dans son message au monde, un mois avant l’ouverture du Concile, le 11 septembre 1962, le pape Jean XIII s’interrogeait:
‘Que peut-être un Concile, sinon le renouvellement de la rencontre avec le visage de Jésus ressuscité?’
Dès les origines de l’Eglise, un concile est une tentative pour résoudre au sommet dans l’unité les conflits qui traversent les communautés dans leur diversité, explique le cardinal. Il se conclut par la formule ‘L’esprit-Saint et nous avons décidé…’ Il faut que tout le monde s’exprime et que la communion de l’Eglise se manifeste dans une décision prise dans l’Esprit Saint. Il n’est ni une conférence interconfessionnelle, ni un parlement, ni une assemblée constituante, ni un congrès international, mais une assemblée d’évêque unis dans la foi et à l’évêque de Rome, successeur du Christ.
Vatican II est souvent présenté comme un aggiornamento , selon ce mot italien du pape Jean XXIII qu’on pourrait traduire à la fois par mise à jour et mise en œuvre. Il fut aussi la manifestation d’une universalisation de l’Eglise qui se redécouvre catholique au sens plein du terme, dans la réalité de tous les continents. L’Eglise est invitée à la fois à un retour aux sources et à réfléchir sur la manière dont elle transmet sa foi millénaire dans un monde en pleine mutation culturelle. Le Concile a donc une tonalité clairement pastorale dans deux directions ad intra vers l’intérieur et ad extra vers l’extérieur.
Le cardinal rappelle aussi que Jean XXIII n’était pas du tout naïf. Il disait que les hommes d’aujourd’hui ne font pas autant de progrès dans le domaine spirituel que dans le domaine matériel d’où un affaiblissement de l’aspiration aux valeurs qui ne périssent pas et par contre une attirance, chez la plupart, pour les plaisirs faciles de ce monde, que le progrès met si aisément à la portée de tous.
Parmi les textes du Concile Vatican II, le cardinal Poupard met surtout l’accent sur Gaudium et spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps. Selon le cardinal Garonne , rapporteur du Concile, le texte de Gaudium et spes a été conçu pour répondre au défi de l’athéisme comme système de pensée et présenter la vision de Dieu et la vision de l’homme. La prise en compte de la non-croyance était une question tout à fait nouvelle. L’Eglise se présente comme une voix qui propose la voie du Christ, chemin, vérité et vie dans un monde pluraliste. C’est le sens de la première phrase de Gaudium et spes : ‘la joie et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps… Le Concile ne craint pas d’assumer les reproches adressés aux chrétiens, le refus peureux de l’intelligence critique, l’égoïsme des pays riches et le triomphe de l’athéisme dans le bloc soviétique. D’emblée, l’Eglise affirme se sentir solidaire du genre humain sans compromissions, ni condamnation, mais en suscitant un engagement lucide et généreux des chrétiens.
Pour le cardinal, un des fruits les plus significatifs du Concile est le synode des évêques créé en 1965 par Paul VI. Jean Paul II ensuite l’a considéré comme un instrument particulièrement fécond de la collégialité des évêques.
