Les évêques mexicains blessés par le pape
Le voyage apostolique du pape François au Mexique, du 12 au 17 février, a mobilisé d’innombrables foules de fidèles qui ont manifesté un grand enthousiasme. Un enthousiasme, toutefois, qui ne semble pas avoir été entièrement partagé par l’épiscopat mexicain… En effet, lors de sa rencontre avec les évêques en la cathédrale de Mexico, le samedi 13 février, le pape François les a admonestés : « Veillez à ce que vos regards ne soient pas obscurcis par les pénombres du brouillard de la mondanité ; ne vous laissez pas corrompre par le matérialisme trivial ni par les illusions séductrices des accords [conclus] en dessous de la table […] Ne perdez donc pas du temps et des énergies dans les choses secondaires, dans les commérages et les intrigues, dans les vains projets de carrière, dans les plans vides d’hégémonies, dans les clubs stériles d’intérêts ou de coteries. Ne vous laissez pas entraîner par les rumeurs et les médisances […] Je vous prie de ne pas tomber dans la paralysie de donner de vieilles réponses aux questions nouvelles […] je laisse à chacun de vous le soin de faire la liste des distances qui peuvent exister en cette Conférence épiscopale ; je ne les connais pas, mais surmonter la tentation de la distance – et du cléricalisme, de la froideur et de l’indifférence, du triomphalisme et de l’autoréférentialité […] Nous n’avons pas besoin de “princes”, mais plutôt d’une communauté de témoins du Seigneur ».
Remarque. La version française du discours, telle qu’on peut la lire sur le site officiel du Saint-Siège, traduit la dernière phrase citée par « Les “principes” ne sont pas nécessaires, mais une communauté de témoins du Seigneur l’est ». Dire que « les “principes” ne sont pas nécessaires », ne veut strictement… rien dire. La version espagnole, dans laquelle le pape s’est exprimé, dit : « No se necesitan “pr[í]ncipes”, sino una comunidad de testigos del Señor ». Príncipe , en espagnol c’est prince ; mais le principe c’est principio … La version française est donc fautive, ce qui est très souvent le cas dans les textes du Saint-Siège sur Internet.
C’est le fait de se voir qualifié de « princes » qui a blessé les évêques mexicains. Leur sentiment général a été exprimé d’une manière assez peu usuelle et encore moins diplomatique, dans un éditorial du 6 mars dernier de Desde la Fe , l’hebdomadaire officiel de l’archidiocèse de Mexico. On peut y lire : « Les évêques mexicains ont toujours accompagné le peuple souffrant et opprimé, consacrant leurs vies aux autres et ne vivant pas comme des “princes” […] Qui tente de saper le travail des évêques mexicains ? Est-ce que les mots improvisés du Saint-Père furent le résultat d’un mauvais conseil de quelqu’un de son entourage ? ». On ne pense pas que le pape se soit éloigné du discours écrit en s’adressant aux évêques mexicains, puisque la phrase incriminée figure expressément dans toutes les versions du discours dont nous disposons… Certains pensent que la réponse de l’épiscopat mexicain n’est pas convenable. D’autres que ce sont le propos du pape qui ne le furent pas. Allez savoir…
