Un examen de conscience générale dans l’Eglise en France

Après l’entretien du pape dans La Croix, dans lequel il soutient le cardinal Barbarin , ce dernier est allé le rencontrer à Rome. De retour de la Ville éternelle, l’archevêque de Lyon est interrogé dans Le Figaro . Simple opération de communication rondement menée ? Pas seulement. Le cardinal Philippe Barbarin réussit à faire passer quelques messages :

« Une démission est désormais écartée mais que feriez-vous si la justice vous mettait en cause ?

Si la justice mettait en lumière un grave manquement dans la conduite de ma mission, ce serait effectivement une perspective à envisager. Pour l’heure, ce ne serait pas responsable, ce serait même contraire à mon devoir : on ne quitte pas le navire en pleine tempête !

Le fait que le pape ne mentionne pas les victimes les a profondément scandalisés. Ne sont-elles pas, une nouvelle fois, les laissés pour compte ?

Non. Le pape répondait à une question à mon sujet. Mais pour qui le suit, ses paroles et ses gestes à l’égard des victimes sont d’une clarté indiscutable.

Sur ce point l’association « la parole libérée » qui regroupe la plupart des victimes de ces prêtres vous a accusé d’avoir « manqué de compassion » pour ces jeunes devenus aujourd’hui des adultes, que leur répondez-vous ?

Je suis très peiné par cette accusation. Certaines victimes du P. Preynat ont demandé à me voir et m’ont parlé avec confiance, d’autres ont refusé les rendez-vous que je proposais. 20 et 30 ans après les faits, leur blessure est toujours vive. Le premier, que j’ai rencontré en novembre 2014 m’a dit sa colère de n’avoir pas porté plainte avant ses 38 ans. Il a accepté d’écrire son témoignage que j’ai aussitôt envoyé à Rome. C’est ce qui m’a permis d’obtenir des consignes précises et de suspendre le P. Preynat. J’ai aussi rencontré plusieurs parents de victimes et même certains de leurs enfants, à la demande des parents. Tous savent que je reste disponible. Il leur suffit d’appeler : ma porte est ouverte.

Finalement cette association de victimes aide l’Église à y voir clair…

Leur témoignage est la clé qui nous a souvent manqué. C’est ce qui nous éclaire aujourd’hui sur les initiatives de prévention et d’accompagnement que nous devons prendre, pour empêcher que ne se reproduisent de tels faits à l’avenir. Ce témoignage, nous l’avons reçu avec une douleur profonde, mais nécessaire. Au soir de la Messe chrismale, reprenant les mots du pape François, j’ai demandé publiquement pardon au nom de l’Église et en mon nom personnel pour le mal commis par quelques prêtres. Je le referai autant de fois qu’il faudra. Les victimes ont leur place dans ma prière quotidienne.

Est-il envisageable que le diocèse rencontre cette association ?

C’est vraiment mon souhait. D’ailleurs, une rencontre a déjà eu lieu avec plusieurs de nos frères prêtres, et elle portera certainement son fruit. L’objectif de l’association est de conduire à la vérité et à une liberté qui sont réparatrices. Même si ce but a pu être instrumentalisé au plan médiatique, on voit qu’il trouve un large écho dans la société. Une juste libération de la parole, même dans la douleur, aide les victimes à se reconstruire et pousse l’Église à se réformer, à avancer. Le grand scandale, c’est qu’un représentant de Jésus, supposé incarner la défense des plus petits, ait abusé de certains d’entre eux !

Cette association réveille aussi de très anciennes histoires dans tous les diocèses de France désormais, il n’y a plus une affaire Barbarin mais de multiples affaires similaires…

C’est l’occasion d’un examen de conscience général. Un évêque nommé dans un diocèse hérite d’une longue histoire et de nombreux choix de ses prédécesseurs. Cette démarche doit se vivre au présent : que faut-il faire aujourd’hui pour réparer les erreurs du passé et empêcher qu’elles ne se reproduisent demain ? Reste que ces actes abominables sont une profonde humiliation pour l’Église. On a utilisé parfois le terme d’omerta, mais il me semble que celui de honte serait plus approprié. C’est précisément ce que j’ai dit un jour à une journaliste qui se faisait passer pour une victime auprès de moi. Je l’ai encouragée à porter plainte : « Le plus important, c’est vous… Tant pis, si c’est une honte supplémentaire pour l’Église ! »

Il a fallu la pression médiatique pour faire bouger l’Église. Mais a-t-elle suffisamment pris conscience du choc et du drame durable représentés par ces agressions sur les victimes ?

Pas assez ! Cette prise de conscience est progressive et elle n’est pas achevée. À chaque fois que je rencontre une victime, je prends davantage conscience de l’immensité des dégâts… Un prêtre âgé de mon diocèse a tenu des propos inadmissibles devant les médias, avant une rencontre qui se tenait justement au sujet de la pédophilie. Il a reconnu qu’il n’aurait jamais dû dire cela à la sortie, car nous avions entendu le témoignage d’une des victimes du P. Preynat. Il semblait avoir pris conscience du désastre… Seule l’écoute des victimes permet cela. […]