Bataille entre les évêques et la Congrégation pour le culte divin

Alors que le cardinal Sarah plaide dans l’hebdomadaire français Famille chrétienne pour la célébration orientée de la messe, La Croix relate le conflit entre l’épiscopat francophone et la Congrégation présidée par le cardinal Sarah.

A l’origine de ce conflit, la nouvelle traduction du Missel romain, prévue initialement pour le premier dimanche de Carême 2017, mais qui sera vraisemblablement reportée à l’Avent 2017. On ne compte plus les reports de cette entrée en vigueur. Le Missel date de 2002, cette comédie de traduction traîne donc depuis 15 ans… Les anglophones ont publié leur traduction en 2011. Officiellement, nos évêques expliquent que l’Avent est est une date plus pratique pour les éditeurs qui n’auraient à sortir un missel unique pour l’année 2017-2018.

Dans la réalité, la Congrégation pour le culte divin refuse (encore) d’accorder sa recognitio au texte. Une première traduction avait déjà été refusée par Rome en 2007. Mais depuis le pape a changé et, sans doute, certains évêques francophones se sont dit que la nouvelle curie ne poserait plus d’opposition. C’est sans compter sur la cardinal Sarah.

En mars 2016, l’assemblée de la Conférence des évêques de France a voté un texte, « laissant à la Commission épiscopale francophone pour les traductions liturgiques le soin d’apporter les dernières mises au point du texte ». Dans les autres conférences épiscopales francophones (Suisse, Canada, Belgique) l’opposition serait plus forte.

Rome a formulé des exigences sur un certain nombre de points. En cause, l’instruction romaine Liturgiam authenticam de 2001 qui exige que le texte latin soit

« traduit intégralement et très précisément, c’est-à-dire sans omission ni ajout, par rapport au contenu, ni en introduisant des paraphrases ou des gloses ».

Mgr Bernard-Nicolas Aubertin , archevêque de Tours, achève son mandat de président de la commission liturgique de la CEF le 1er juillet prochain… Il voulait terminer ce dossier avant de partir. Y parviendra-t-il ? Le 7 avril, la présidence des évêques de France devait aborder le sujet avec le pape François … et court-circuiter le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin.

D’où la réaction de ce dernier dans Famille chrétienne, dans lequel il précise :

« À l’audience qu’il m’a accordée, le samedi 2 avril, le pape m’a confirmé que les nouvelles traductions du Missel romain doivent impérativement respecter le texte latin ».

En Allemagne, les évêques ont refusé en 2013 le travail de la commission imposée par Benoît XVI. La traduction en espagnol serait au point mort tandis que les évêques italiens renâclent.

Depuis le début de l’année, le site Il Sismografo, proche de Radio Vatican ne cesse de publier de longs articles d’ Andrea Grillo , professeur de liturgie à l’Université pontificale Saint-Anselme, attaquant Liturgiam authenticam , notamment en ce que ce texte empêche toute inculturation de la liturgie. Le vieux progressisme liturgique a la vie dure et a repris du poil de la bête.

Un évêque français déclare à La Croix :

« c’est tout de même étonnant que, à l’heure où le pape insiste tant sur l’inculturation et la synodalité, un texte voté par 120 évêques français soit ainsi bloqué par un seul cardinal ».

Et voilà : le cardinal Sarah est dans l’oeil du cyclone et se retrouve accusé de s’opposer au Pape. Alors que ce sont nos évêques qui, depuis bien longtemps, s’opposent au Souverain Pontife sur ce sujet.