A propos de Jean-Luc Marion
Sur le site du diocèse de Besançon, il est fait l’éloge de Jean-Luc Marion :
Jean-Luc Marion est, avec Michel Henry ou Jean-Louis Chrétien , la tête pensante de la foi chrétienne. Élu en 2008 au fauteuil de Jean-Marie Lustiger à l’Académie française, il ne cesse d’oeuvrer pour l’inauguration d’une pensée inédite qui se fonde sur l’amour et non sur l’être et… le néant.
Depuis qu’il a publié L’idole et la distance en 1977, Jean-Luc Marion ne fait que creuser d’avantage une pensée révolutionnaire en matière de philosophie que l’on peut résumer en disant qu’elle préconise de penser en se fondant sur l’amour, selon l’ordre de la charité dont parlait Pascal. Dans Dieu sans l’être (1982), il faisait ce constat plutôt surprenant : la question de l’amour, ou, ce qui revient au même, de la charité, reste devant nous pour longtemps, ininterrogée et redoutable. Réflexion que complétait Michel Henry en écrivant : La parole de vie est la grande oubliée de la philosophie traditionnelle. Les philosophes, souligne Marion, l’ont destitué (l’amour) du concept et finalement rejeté dans les marges obscures et inquiètes de leur raison suffisante — avec le refoulé, le non‑dit et l’inavouable. Bref, il serait temps de philosopher pour de bon et d’aimer avant de prétendre savoir !
Ce qui est nouveau chez ces deux penseurs, c’est d’oser voir la charité, non pas comme une posture, mais comme une force motrice, le lieu même où la pensée de l’homme donne sa pleine mesure spéculative en abordant de front des niveaux de réalité qui ne sont pas ceux du monde, ni ceux de “l’être”. En somme, le cœur a bien ses raisons que la raison ne connaît pas, voire même une logique supérieure puisqu’il s’agit de penser “en” Dieu et non plus “sur” Dieu, ni “contre” Dieu, pas plus que “pour” Dieu d’ailleurs. Pensée balbutiante qu’il s’agit de conceptualiser. La pensée débridée s’enracine dans la Révélation, au cœur de l’amour. Du coup, on s’interroge : d’où vient qu’on ait tant de mal à rapprocher l’intelligence de la foi sans oser imaginer qu’elle prenne sa source et sa puissance EN Dieu ? Or, c’est ce recentrage qui ouvre l’horizon de la pensée et non l’inverse. Marion éclaire les paroles précieuses de saint-Paul sur l’amour (Rm, 5,5 et 1 Co,13). Dans Le Phénomène érotique² il s’en expliquait et il en rappelle l’essentiel dans le chapitre théologie de La rigueur des choses³. Si l’on veut parler “sur” Dieu, il faut commencer par parler “à” Dieu comme saint-Augustin le fait dans Les Confessions, mais il faut surtout commencer par se trouver “en” Dieu . C’est comme si soudain, enfermé dans le labyrinthe de raisonnements bornés à plus ou moins court terme, l’homme se voyait indiquer le chemin de la sortie ! La logique de la réalité devient la logique de l’amour , ajoute le penseur. La différence entre être et ne pas être n’est plus fondamentale et des phénomènes comme la mort, la vie ou la résurrection deviennent des frontières que l’on peut traverser, non plus les barrières infranchissables qu’elles sont pour l’homme. Ces propos devraient être source de joie pour tous les chrétiens : elles disent combien, contre toute attente, l’intelligence a partie liée avec la foi, plus puissante que la philosophie traditionnelle et dont la visée se perd dans les lointains. Chateaubriand avait sans doute raison en parlant de génie du christianisme.
Pour conclure, l’académicien persiste et signe : J’ai fait de la philosophie pour m’en libérer et pour arriver à penser d’un point de vue non philosophique.
Rappelons que Jean-Luc Marion, disciple du théologien Hans Urs von Balthasar, ancien élève de Jean Beaufret, de Ferdinand Alquié et de Jacques Derrida est spécialiste de Descartes et de phénoménologie. Il occupe actuellement la chaire Dominique Dubarle à l’Institut catholique de Paris, et enseigne également à l’Université de Chicago. Il semble proche de la Grande Loge Nationale de France …
