Point de vue – Les Lumières versus le transhumanisme
Le projet transhumaniste « bouleverse la conception de l’homme héritée des lumières », explique Nicolas Le Dévédec, docteur en sociologie et en science politique. Si la culture des lumières voulait « améliorer la société et nos conditions de vie sociales par des moyens politiques » , à « changer le monde » , le transhumanisme vise lui à « changer l’être humain » par des moyens technoscientifiques. (in Le Figaro, Nicolas Le Dévédec du 2/09/2016)
Le sociologue met en garde contre l’approche actuelle du transhumanisme qui consiste à « minimiser les risque et maximiser les avantages de l’humain augmenté » . Cette perspective « néglige considérablement les questions de fond posées par l’humain augmenté et l’idéologie transhumaniste » . Car « quand bien même l’augmentation humaine serait parfaitement libre et éclairée, l’égalité d’accès à ces technologies entièrement garantie et leur utilisation sans dangers pour la santé et la sécurité des individus, serait-elle encore souhaitable » ? Il serait nécessaire d’interroger plutôt « notre conception philosophique de la perfectibilité humaine » , et le « modèle de société politique que recouvre le transhumanisme » .
Or le transhumanisme est « porteur d’une conception de la perfectibilité humaine résolument adaptative et dépolitisée » . L’objectif est de « changer techniquement l’être humain en lui-même plutôt que de questionner politiquement notre environnement social ». Pour les transhumanistes il s’agit de « s’adapter » , de nous « accommoder chimiquement et biologiquement » à cet environnement. Ce qui constitue « la forme de dépolitisation la plus aboutie. Cela nous dissuade d’exercer notre esprit critique sur le monde, et entrave l’élan en faveur d’une amélioration sociale et politique » .
Les premières retombées sociales de ce renversement sont déjà visibles : « Derrière le fantasme d’un enfant parfait, il y a l’instauration d’un nouvel eugénisme lequel, pour libéral et consenti qu’il soit, encourage comme hier l’instrumentalisation de la vie humaine et l’intolérance croissante à l’égard du handicap. Derrière l’humain maître de ses émotions grâce à la pharmacologie, il y a l’émergence d’un humain complexé et souffrant, de plus en plus médicalisé, développant de nouvelles formes de dépendances et d’addictions. Derrière la quête d’une vie sans fin, il y a le jeunisme et la stigmatisation croissante de la vieillesse appréhendée comme une maladie dont il faudrait absolument guérir. Derrière la volonté d’améliorer biomédicalement l’humain et la vie en elle-même, il y a finalement l’exploitation bioéconomique des corps qui se matérialise chaque jour un peu plus ».
Nicolas Le Dévédec dénonce une idéologie qui « repousse en définitive continuellement la possibilité d’une vie authentiquement humaine, laquelle suppose d’être partagée plutôt qu’augmentée » . Il plaide pour « qu’avant de vouloir devenir plus qu’humains nous commencions par essayer de devenir plus humains ».
Source genethique.org
