Triste automne… Avant la réunion de Lourdes – octobre 2016

Les déclarations épiscopales françaises tombent en rafales. Après la relance du scandale « Di Falco », les interminables soubresauts de l’« affaire Barbarin », la coupe est pleine. Les grandes douleurs ne peuvent plus être muettes. Depuis des années, on se dit que cela ira mieux demain. Mais rien ne vient. Quand va-t-on prendre à bras le corps le problème de la gouvernance dans l’Église de France ?
Depuis Vatican II, l’Église catholique est devenue, pour le meilleur et plus souvent pour le pire, « épiscopalienne ». Tous les garde-fous traditionnels du pouvoir absolu que les siècles avaient disposé ont été effacés. Le drame, c’est que si l’on dit élévation du niveau de la fonction, il aurait fallu élever corrélativement le niveau de la sélection et de la formation. Or, on le voit bien, depuis, rien n’a changé. La même opacité, la même endogamie politico-administrative (en français : copinage) qu’avant. Moralité, au moins en France, le règne d’une « inaptocratie » générale.
On juge l’arbre à ses fruits. Même corrigé de la variation saisonnière du bouleversement anthropologique de la modernité, l’échec est confondant. Il est d’autant moins acceptable qu’il est consenti. Dans chaque diocèse, se succèdent depuis des décennies, des figures falotes, remplies d’autosatisfaction et de bonne conscience. Engoncés dans des structures administratives d’un autre âge, ils oscillent au gré des tocades et des lubies qui traversent leur corporation : synodes inutiles, maisons diocésaines ruineuses, vente à l’encan des biens ecclésiaux, inauguration des chrysanthèmes, politiques de communication vide de sens. La litanie des échecs serait interminable. Un seul dénominateur commun : leur éloignement du clergé dont ils sont supposés être les « frères et les pères » (pape François). Seule convergence : éteindre les initiatives, étouffer les voix qui portent, ralentir l’inexorable progression des « catholiques traditionnels ». Quelques évêques sortis du lot, par un hasard qui confine à la Providence, sont entourés d’un cordon sanitaire qui, de facto, limite leur influence et les prive du minimum de soutien que leurs initiatives mériteraient de la part de leurs collègues moins inventifs ou audacieux. Une conférence épiscopale, aux pouvoirs canoniquement discutables, verrouille, magouille et tripatouille pour maintenir l’étouffoir.
Dans les diocèses, depuis des années, les prêtres les plus courageux, les plus entreprenants, les communautés les plus libres et apostoliques ont été écartées, réduites au silence. Les plus « virils », les plus « identitaires » ont été entourés du mépris de leurs supérieurs, bâillonnés, placardisés. Que cela ait été eux source d’approfondissement spirituel et de conversion, tant mieux. En face, règnent les entourages épiscopaux les plus médiocres, ceux dont la foi est la plus ambiguë. Dans les facultés de théologie (une exception méridionale mise à part), pérorent les plus hétérodoxes, les plus ambigus, les plus compromis avec le mensonge. Quoi qu’on dise, les séminaires continuent à se vider, car toute confiance a été perdue dans l’institution. Les candidats les plus valables, qui ne sont plus dupes, vont frapper ailleurs. On pourrait poursuivre la litanie indéfiniment.
Face aux grands débats contemporains, un rideau de fumée d’une ampleur inégalée. C’est l’Église du silence, mais pas celle des catacombes : celle du temps des chiens muets. Mondialisme, immigration, destruction de la famille et des identités, libéralisme-libertaire, pornocratie, financiarisation du monde, transhumanisme, décroissance, face à ces défis, c’est la même vacuité, les mêmes refrains dépassés, une commune atonie intellectuelle, invariable tétanie du lapin pris dans les phares. Les ultimes déclarations n’y changent rien, parce chaque propos qui pourrait sortir de l’ornière, est corrigé immédiatement par une dégoulinade de « consensus » (quel horrible mot dirait Coluche !) médiatique. Par contre, pas de difficulté pour repérer en creux un alignement sur l’« agenda » mainstream . Car ils ne perdent jamais de se prétendre prophétiques pour porter l’antienne contre le repli, de contre la peur de l’autre, contre le réchauffement climatique, contre l’enfermement dans les frontières et pour encenser béatement le « vivre-ensemble » « notre » République, l’Europe, bref, hurler avec les loups. Conformisme et alignement sont les deux mamelles de ce « Ralliement » en forme de reddition.
Il faut finir par le plus honteux. Une caste de petits (très petits) marquis, à la virilité vacillante, s’est infiltrée dans l’institution ecclésiale au point de devenir un lobby influent. Même le pape François l’a dit. On s’est empressé d’oublier son propos politiquement incorrect. Allons jusqu’au bout : un des problèmes majeurs de l’Église, du clergé, même en France, ce n’est pas la « pédophilie » dont, entre parenthèses, ne pourront pas nous sortir les usines à gaz technocratico-administratives mises en place récemment. C’est l’arbre, mieux l’arbuste, qui cache la forêt. La question est ailleurs. Mais qui osera le dire ? Qui osera affronter la meute des chiens de garde. Qui osera faire le ménage ? Personne, parce que c’est indicible. Les rares qui y songent s’épouvantent rien que d’y penser.
Que les évêques de France ne se fassent pas d’illusion. Nous savons qui ils sont. Nous voyons ce qu’ils font et ne surtout ce qu’ils ne font pas, à quelques heureuses exceptions près. Nous savons aussi que ce n’est pas une fatalité, d’autres épiscopats se portent mieux, malgré les difficultés. Nous ne sommes plus dupes, et nous ne serons pas indéfiniment complices de leur lâcheté, de leur incompétence et de leur manque de courage, voire même de leur corruption. Il faudra bien mettre le fer dans la plaie, faute de quoi, d’autres le feront, sans nos scrupules et notre amour de l’Église.

Gaston Champenier
(à suivre)