Communication du Vatican : ratage sur ratage

Le journaliste catholique Phil Lawler a publié hier sur le site de Catholic Culture un billet vif mais de bon sens sur deux actualités au Vatican, qui ont quelque peu défrayé la chronique ici à Rome lundi et mardi… En voici la traduction qui se passe de commentaires.

Mais qu’est-ce qu’il se passe cette semaine à Rome ?

En premier lieu, le service de presse du Vatican a diffusé un communiqué du Conseil des cardinaux apportant leur soutien au Pape. Ce qui serait assurément une nouvelle c’est si le Conseil des cardinaux ne soutenait pas le Pape. Pourquoi donc cette déclaration méritait-elle de faire l’actualité ? Pourquoi donc le Conseil remercie-t-il le Pape en février d’un discours qu’il a fait à la Curie romaine en décembre ? Y a-t-il une quelconque possibilité de voir dans ce message autre chose qu’une opération visant à limiter des dégâts, une tentative de rassurer le monde que l’évidente montée des tensions dans la hiérarchie catholique n’est pas en train de déchirer l’Église ?

Malheureusement, il est évident que ces tensions continuent de monter. Aujourd’hui [14 février], la maison d’édition du Vatican lance un livre du cardinal Francesco Coccopalmerio qui soutient l’interprétation allemande, maltaise et argentine d’ Amoris lætitia . Voici à présent que le cardinal Coccopalmerio, le plus haut responsable du Vatican en matière canonique, se trouve en opposition directe avec le cardinal Gerhard Müller, le plus haut responsable en matière doctrinale. Si le livre de Coccopalmerio avait pour but de rassurer quand aux questions posées dans les dubia , c’est raté tout comme est raté, et c’était prévisible, l’effet du communiqué d’hier [13 février] qui visait à calmer les inquiétudes sur les conflits au Vatican.

L’Église universelle n’a pas besoin d’une nouvelle lecture personnelle d’un prélat sur un document pontifical ; ce dont nous avons besoin c’est d’une réponse définitive , et elle ne peut venir que du Pape lui-même.

Mais il y a plus. Après que le Vatican eut annoncé une conférence de presse pour le lancement du livre de Coccopalmerio – avec suffisamment de tapage pour confirmer l’impression qu’il s’agissait là d’une tentative pour mettre fin au débat –, le cardinal lui-même ne s’est pas montré à l’événement. Le bureau du cardinal a expliqué qu’il y avait un problème d’emploi du temps.

Attendez un instant… Si vous êtes un éditeur préparant le lancement d’un nouveau livre, la première chose dont vous devez vous assurer c’est que l’auteur est libre pour la conférence de presse. Si vous êtes l’auteur et qu’on vous suggère une date, la première chose que vous allez vérifier c’est que la date suggérée est bien libre pour vous. Est-ce qu’on s’attend à ce que nous croyions que ni l’auteur ni l’éditeur n’ont fait cette première chose afin de s’assurer que la conférence de presse serait un succès ? Si l’on considérait particulièrement important ce livre – en vérité il s’agit d’une brochure –, pourquoi le cardinal n’a-t-il pas pu réarranger son emploi du temps pour participer à la conférence de presse, quand bien même il y aurait un problème d’emploi du temps ?

Des rumeurs d’intrigues circulent de manière incessante sur le Vatican. Mais ces dernières semaines les moulins à rumeurs se sont mis à tourner à une vitesse effrayante, produisant en série des informations inquiétantes qui ne sont pas faciles à écarter. La situation est-elle aussi tendue et volatile que le suggèrent ces rumeurs ? Si les annonces publiques de ces derniers jours avaient pour but de nous convaincre que tout continuait comme d’ordinaire au Vatican, c’est complètement raté.