Un pontificat sans souffle ?

Atlantico a publié un intéressant entretien avec Jean-Baptiste Noé, spécialiste de l’histoire du christianisme. Dans cet entretien, il soulève certains aspects qui démontrent une fragilisation du présent pontificat.

Il y a d’abord ce climat général par lequel « le pontificat connaît un moment difficile, l’adhésion au Pape des premières années est en train de s’effriter. » En effet, « l’attitude ambiguë du document Amoris laetitia , qui peut être interprété de différentes façons, les questions restées sans réponse de quatre cardinaux majeurs à ce document, la façon autoritaire dont le Pape gouverne, fait que de nombreuses tensions apparaissent. » Tout en restant en surface – l’auteur est historien et spécialisé en géopolitique -, la crise doctrinale est perçue.

Concernant les divergences entre le pape François et le cardinal Müller, ancien préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi qui vient de ne pas être reconduit, Jean-Baptiste Noé note plusieurs choses. Évidemment, « une telle opposition ne pouvait pas durer. » Mais les conséquences sont rudes: « ce sont des figures importantes de l’Église qui s’en vont, et le Pape se trouve de plus en plus seul, ou bien entouré de personnes qui n’osent pas exprimer leurs avis, de peur d’être sanctionnées. »

Enfin, la question des migrants est abordée. En fait, l’auteur souligne de véritables divergences entres les épiscopats; ceux de l’hémisphère sud sont circonspects sur les départs vers le monde occidental. Mais le Vatican « est dans la cacophonie » la plus totale.

Le cardinal Turkson est le préfet du dicastère du développement humain intégral, créé par le Pape le 1er janvier dernier en regroupement de nombreux autres dicastères. Sa prise de position répond à un problème précis. L’Italie est submergée par les migrants. Elle ne sait plus où les faire attendre ni comment les gérer. Les autres pays d’Europe ne veulent pas les prendre et n’aident pas l’Italie à affronter cette crise.

Or, sur ce point, il faut noter que « sur la question migratoire, le Vatican est dans la cacophonie . Le Pape a toujours appelé à être généreux dans l’accueil et la communauté Sant’Egidio organise des couloirs humanitaires pour faire venir des migrants en Europe. Sauf qu’aujourd’hui ceux qui viennent ne fuient pas la guerre, mais viennent pour des motifs économiques. «

En conséquence, « on voit se dessiner une fracture entre le Nord et le Sud. L es évêques d’Europe sont, dans l’ensemble, favorables à la vague migratoire et demandent aux Européens d’accueillir ces personnes. Les évêques d’Afrique et du Moyen-Orient sont en revanche beaucoup plus circonspects. En Syrie et en Irak, les évêques ont demandé à leurs fidèles de ne pas partir afin que la présence chrétienne puisse continuer. Partir, c’est donner la victoire à l’État islamique. »

Bref, en conclusion, l’auteur constate que « le Pape a toujours aimé agir seul et parfois de façon abrupte. Ce trait de son caractère émerge un peu plus aujourd’hui. Les médias lui étaient jusqu’à présent favorables, mais les choses sont en train de changer. En Italie, des critiques se font jour. En Argentine la presse et la population sont dans l’incompréhension. Le Pape a annoncé se rendre au Chili en janvier 2018, mais il ne se rendra pas en Argentine, alors que les deux pays sont limitrophes. Compte tenu des tensions jalouses entre le Chili et l’Argentine cela a été très mal vécu par les Argentins qui s’estiment trahis par leur Pape. Le pontificat doit trouver un nouveau souffle s’il veut rester sur la bonne dynamique des débuts. »

Le Vatican, combien de divisions ?