Mgr Michel Aupetit, l’archevêque-médecin de Paris

Voici des extraits d’un article de Côme de Prévigny , paru dans le dernier numéro de Renaissance catholique :

« L e jour de l’Épiphanie, Gérard Collomb et Anne Hidalgo , une grande partie des édiles parisiens et des autorités civiles de la capitale ont assisté à la messe d’installation du nouvel archevêque de Paris. Dans son prêche, le prélat a parlé de l’adoration des Mages devant l’enfant de la crèche et rappelé ces propos de saint Jean : « Il est venu parmi les siens, mais les siens ne l’ont pas reçu ». […] Si nos rois étaient sacrés à Reims et que la primatie des Gaules est installée à Lyon depuis un millénaire, si la capitale était le siège d’un simple évêché avant 1622, il n’en demeure pas moins que la charge parisienne conserve un rôle particulièrement symbolique pour le catholicisme français. Régulièrement consulté par les chefs d’État sur les questions religieuses, son détenteur est l’ordinaire des catholiques de rite oriental à travers le pays, membre de droit du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France et, depuis un siècle et demi, tous ses prédécesseurs sont devenus cardinaux. […]

Deux caractéristiques distinguent ce prélat d’autres ecclésiastiques français. Contrairement à bon nombre de ses confrères, il n’a pas immédiatement embrassé la prêtrise puisqu’il est entré au séminaire à l’approche de la quarantaine. Certains y verront une force car il a, de ce fait, une expérience dans un autre domaine, la médecine, qu’il a pratiqué pendant quinze ans. On pourrait cependant objecter qu’il n’a, par conséquent, pas les compétences d’un prêtre bénéficiant de trente ans ou quarante ans de sacerdoce. Sans doute, les desseins de Dieu évitent-ils les schémas tout faits. Le premier prêtre n’était-il pas charpentier pendant un bon moment ? Et ses premiers successeurs n’étaient-ils pas pêcheurs tandis que saint Jean a évangélisé alors qu’il était tout jeune adulte ?

Le nouvel archevêque a confié que, dans son enfance, sa mère était la seule personne pieuse de la famille avec lui. Il se trouvait donc amené à prier en cachette et à pratiquer de façon isolée. Cette protection maternelle n’est pas forcément anodine. Elle n’est peut-être pas sans lien avec celle dont il bénéficia pour son appel au sacerdoce puisqu’il a tenu à confier le fait qu’il l’avait reçu le jour d’une fête de la Vierge Marie. Cette croissance dans la foi, dans un milieu plus ou moins hostile, n’est pas sans rappeler l’itinéraire, sans doute plus périlleux, de Mgr Athanasius Schneider qui assistait à la messe en cachette avec sa famille au cœur de l’Union soviétique. Cette génération de clercs ayant grandi au cœur de terres chrétiennes tombées dans la persécution ou l’hostilité a donc été forgée à l’adversité plutôt qu’à la facilité. Peut-être atténuera-t-elle le conformisme qui a fait tant de torts aux épiscopats ces derniers temps ?

Enfin, il sera difficile aux contradicteurs de l’Église d’avancer que sa principale figure en France ne connaît pas ses contemporains. Né à Versailles, Michel Aupetit a, pendant quinze ans, reçu, ausculté, accompagné les patients dans son cabinet de généraliste à Colombes. Ancienne banlieue ouvrière des Hauts-de-Seine, cette ville populaire couvre une vaste étendue aux visages variés de pavillons et de grands ensembles, entre Argenteuil et Nanterre. Le brassage des populations s’y fait là plus qu’ailleurs. Aux anciens employés des industries en déclin ou du port de Gennevilliers ont succédé des familles ayant fraîchement foulé le sol français. Un quart de la population de Colombes est immigré. C’est dire si le profil de l’archevêque tranche avec celui de certains de ses prédécesseurs, le paysan aveyronnais Marty ou le notable vendéen Richard de La Vergne. […]

Si des lois sur la procréation assistée ou l’euthanasie doivent prochainement être discutées, Mgr Aupetit saura probablement présenter un argumentaire scientifique poussé et sans grandes concessions, comme il a eu l’occasion de le faire précédemment. Par ailleurs, il incarne un style pastoral classique au sein de l’épiscopat français. Son vocabulaire en est assez symptomatique. Il parle volontiers de « Notre Seigneur » et n’abuse pas des termes galvaudés « dialogue » ou « amour » tandis que ses premières interventions ont été marquées par l’importance de la vie intérieure, la sanctification des âmes et l’amour du sacerdoce.

[…] Au-delà de la charge curiale, l’archevêque de Paris devra mener le diocèse le plus en vue et le plus important de France, avec quatre évêques auxiliaires et cinq cents prêtres, même si la pratique religieuse ne cesse de s’effondrer (2 à 3 % des habitants de la capitale).

Les prédécesseurs de Mgr Aupetit étaient entrés au séminaire avant l’ouverture du concile Vatican II. NN.SS. Feltin, Veuillot et Marty y avaient participé et les abbés Lustiger et Vingt-Trois ont été amenés à l’appliquer dans les années 1960, 1970 et suivantes. C’est donc un homme d’une toute autre génération qui accède à l’archevêché de Paris puisqu’il a été ordonné en 1995, dans la dernière partie du pontificat de Jean-Paul II . Spécialiste des questions liées à la vie, il sera certainement attendu sur ces questions brûlantes au cours des prochaines années. Alors que vont être prochainement remplacés les tenants d’une ecclésiologie ancrée sur le Concile – Mgr Pontier à Marseille, Mgr Maillard à Bourges, Mgr Jordan à Reims ou Mgr Garnier à Cambrai – c’est donc un nouveau visage de l’épiscopat français qui semble poindre. »