Pourquoi Mgr Malle s’est-il embarqué dans cette galère ?

Alors que l’Italie a refusé d’accueillir un bateau d’immigrés africains qui aurait très bien pu aller en Tunisie (et qui a finalement fini en Espagne) mais que les passeurs professionnels ont utilisé pour provoquer le nouveau gouvernement italien, l’évêque de Gap a publié ce tweet en réponse au ministre italien de l’Intérieur :

Les ports et … les portes du Ciel … pour vous ? https://t.co/PcGcIq3hN1

— Mgr Xavier MALLE (@MgrXavierMALLE) 11 juin 2018

Sur Twitter, les réactions n’ont pas manqué, comme celle de « L’Enraciné » :

Mgr, vos propos manquent de réalisme :

1/ L’Italie (en première ligne) est allée très loin dans l’accueil. En l’espace de 20 ans, elle a fait face à des changements de population gigantesque ➡ https://t.co/AylySNArKR

— 《L’enraciné》 (@L_Enracine) 11 juin 2018 2/ La France, de son côté, fait semblant d’accueillir. En réalité, on ne fait que multiplier les camps (à Paris et ailleurs) et déplacer les problèmes (36ème évacuation à Paris). https://t.co/5CcPfC7WGf

— 《L’enraciné》 (@L_Enracine) 11 juin 2018 3/ On le sait, ces camps ne sont pas des havres de paix. On assiste souvent impuissants à une exploitation gigantesque de la misère humaine. https://t.co/rw9CuTh4tE

— 《L’enraciné》 (@L_Enracine) 11 juin 2018 4/ Pour pouvoir loger les migrants qui arrivent ou qui sont déjà présents dans des camps, certains centres d’accueil ont parfois du mettre les SDF dehors pour faire face à l’afflux. pic.twitter.com/dlwH66VJnw

— 《L’enraciné》 (@L_Enracine) 11 juin 2018 5/ Au moment de la crise des migrants, notre pays avait déjà ses capacités d’accueil saturées, avec de nombreux SDF et enfants vivant dehors. pic.twitter.com/ZtKIX67ocr

— 《L’enraciné》 (@L_Enracine) 11 juin 2018 6/ Dans ces conditions, tout accueil de migrants (en nombre) ne pouvait conduire qu’à la situation d’aujourd’hui : désorganisation, exploitation humaine, passeurs, infiltration de terroristes…

— 《L’enraciné》 (@L_Enracine) 11 juin 2018 7/ On intègre des personnes. Pas des peuples.

Vos propos sont irréalistes car ils n’intègrent ni l’impréparation de nos chefs, ni la chienlit ambiante, ni la saturation de notre système d’accueil, ni la déstabilisation des états. #BienCommun #CEC2241 pic.twitter.com/WJvL9zELdO

— 《L’enraciné》 (@L_Enracine) 11 juin 2018

Et dans Valeurs Actuelles , Laurent Dandrieu écrit :

Dans un récent et passionnant ouvrage, Comment notre monde a cessé d’être chrétien, Guillaume Cuchet démontrait que le facteur déclenchant de l’effondrement de la pratique catholique en France, au mitan des années 1960, était une modification spectaculaire, dans la foulée de Vatican II, du discours catholique, qui a avait donné aux fidèles l’impression qu’on leur avait changé leur religion. Et notamment, puisqu’on avait pour ainsi dire aboli l’enfer et promis à tous le paradis, pourquoi s’embêter à ne plus pécher ou même à aller à la messe ?

Il est un évêque, pourtant qui, envers et contre tout, continue à s’accrocher au dogme de l’enfer et à y envoyer ceux qui s’écartent par trop du droit chemin : c’est Mgr Xavier Malle , évêque de Gap. Oh bien sûr, il n’agite pas la menace de la damnation éternelle pour de simples pécadilles, comme de pratiquer l’avortement ou de promouvoir l’euthanasie. Non, pour mériter d’être envoyé en enfer par le Juge éternel du diocèse de Gap, il faut au moins, comme Matteo Salvini , s’être sérieusement engagé pour faire sortir son pays de la spirale de l’invasion migratoire.

Ce lundi 11 juin, en effet, Mgr Malle n’a pas hésité à répondre au mot d’ordre lancé par le nouveau ministre de l’Intérieur italien, « chiudamo i porti » ‒ fermons les ports, pour signifier que l’Italie n’était plus disposée à laisser débarquer sur son territoire les migrants secourus en Méditerranée ‒, par un tweet vengeur adressé à Matteo Salvini : « Les ports… et les portes du Ciel… pour vous ? »

On mesurera l’immense miséricorde de Mgr Malle à ce point d’interrogation final… Reste qu’il n’a pas hésité à brandir les flammes de l’enfer à l’encontre d’un homme politique qui, que l’on sache, n’a pas appelé à laisser se noyer les migrants en Méditerranée, ou appelé à les affamer : juste réaffirmé de manière spectaculaire et, d’une façon à laquelle les dirigeants européens ne nous ont plus habitués, en faisant suivre ses paroles d’actes, que le fait d’être recueilli en Méditerranée n’ouvre pas une créance à venir s’installer en Italie. Matteo Salvini n’envoie pas ces migrants à la mort : considérant que ni eux ni l’Italie n’ont intérêt à leur arrivée, il demande qu’ils retournent d’où ils viennent, ou qu’ils soient accueillis dans un autre pays d’Europe – ce qui du reste se profile avec la décision de l’Espagne de les accueillir.

Libre à chacun de juger la position de Matteo Salvini dure, ou même intolérable. Libre à chacun de juger cette politique de fermeture des frontières irréaliste ou inhumaine. Mais agiter la menace de l’enfer, comme on n’entend plus l’Eglise le faire qu’à l’égard des seuls mafieux, cela ressemble furieusement à une manipulation de la doctrine des fins dernières au service des préjugés politiques de l’évêque de Gap.

Il est vrai que le sujet semble particulièrement apte à faire sortir Mgr Malle de ses gonds. Déjà, en avril, il avait accusé les militants de Génération identitaire, lors de cette opération visant à bloquer aux migrants le col de l’Echelle, d’« instrumentaliser les migrants ». Quoi que l’on pense de Génération identitaire, on nous permettra de trouver notre évêque bien audacieux de sonder ainsi les reins et les cœurs, et de dénier par principe à des gens dont l’action le choque toute sincérité dans leurs motivations.

Arroseur arrosé, ne pourrait-il d’ailleurs l’objet d’une même accusation ? Avec tout le respect que l’on doit à l’autorité épiscopale, ne pourrait-on accuser Mgr Malle, qui ne connaît pas plus que nous les sentences qui seront rendues au jour du Jugement, d’instrumentaliser le Jugement dernier au service de convictions immigrationnistes ? Ce qui serait doublement fautif : non seulement parce que, ce faisant, il abaisse la doctrine de la Rédemption au rang d’une idéologie politique, couverte des oripeaux flatteurs de la charité – mais une charité qui ne se soucie aucunement du bien réel des personnes. Mais aussi parce qu’il contribue, encore davantage, à éloigner de l’Eglise ces Européens qui ne pourront voir en elle la lumière du Salut tant qu’elle s’obstine à collaborer à leur disparition.