Encore sur le lobby gay au Vatican: le cas de Mgr Ricca

Le « grand déballage » se poursuit, après la témoignage de Mgr Vigano, ancien nonce à Washington. Selon le vaticaniste Sandro Magister – qui, il est vrai, n’est pas exactement un « aficionado » du Pape François –, le Pape aurait également « couvert » Mgr Ricca, en le promouvant à la direction de l’IOR (la « banque vaticane ») qui, lui aussi, aurait été connu pour être un membre de la mafia gay. Plusieurs personnes auraient alors alerté le Pape sur les antécédents du sulfureux personnage, mais en vain (Sandro Magister lui-même avait déjà écrit un article sur lui, dès juillet 2013, intitulé sans ambiguïté: « Le prélat du lobby gay « ). Sur le site de Vatican se trouve toujours le texte officiel de la conférence de presse que donna le Pape dans l’avion qui le ramenait de Rio de Janeiro à Rome, le 28 juillet suivant, et on y lit ceci sur l’affaire en question:

Ilze Scamparini :

Je voudrais demander la permission de poser une question un peu délicate : Une autre image a fait un peu le tour du monde : celle de Mgr Ricca, ainsi que des informations sur sa vie privée. Je voudrais savoir, Sainteté, ce que vous comptez faire sur cette question ? Comment affronter cette question et comment Sa Sainteté entend-elle affronter la question du lobby gay ?

Pape François :

En ce qui concerne Mgr Ricca : j’ai fait ce que le Droit Canonique demande de faire : une investigatio previa . De cette investigatio , il n’y a rien de ce dont on l’accuse ; nous n’avons rien trouvé. Voilà la réponse. Mais je voudrais ajouter autre chose là-dessus : je vois que souvent dans l’Église, au-delà de ce cas et aussi dans ce cas, on va chercher les « péchés de jeunesse », par exemple, et on les publie. Pas les délits, eh ? Les délits c’est autre chose : l’abus sur mineurs est un délit. Non, les péchés. Mais si une personne, laïque ou prêtre ou sœur, a fait un péché, et ensuite s’est convertie, le Seigneur pardonne, et quand le Seigneur pardonne, le Seigneur oublie et cela est important pour notre vie. Quand nous allons nous confesser et que nous disons vraiment : « J’ai péché en ceci », le Seigneur oublie ; et nous, nous n’avons pas le droit de ne pas oublier, parce que nous courrons alors le risque que le Seigneur n’oublie pas nos péchés. C’est un danger. C’est important : une théologie du péché. Souvent je pense à saint Pierre : il a fait l’un des pires péchés, celui de renier le Christ ; et avec ce péché il a été fait Pape. Nous devons y penser beaucoup. Mais, revenant à votre question plus concrète : en ce cas j’ai fait l’investigatio previa et nous n’avons rien trouvé. Ça c’est la première demande. Ensuite, vous parlez du lobby gay. Bah ! On écrit beaucoup sur le lobby gay. Je n’ai encore trouvé personne au Vatican qui me donne sa carte d’identité avec « gay ». On dit qu’il y en a. Je crois que lorsqu’on se trouve avec une telle personne on doit distinguer le fait d’être « gay », du fait de faire un lobby ; parce que les lobbies, tous ne sont pas bons. Celui-ci est mauvais. Si une personne est gay et cherche le Seigneur, fait preuve de bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? Le catéchisme de l’Église catholique l’explique de manière très belle, mais il dit, attendez un peu comment il dit… il dit : « Nous ne devons pas mettre en marge ces personnes pour cela, elles doivent être intégrées dans la société ». Le problème n’est pas d’avoir cette tendance, non, nous devons être frères, car ceci est une chose, mais s’il y a autre chose, autre chose. Le problème est de faire de cette tendance, un lobby : lobby des avares, lobby des politiciens, lobby des maçons, beaucoup de lobby. Voilà le problème le plus grave pour moi. Et je vous remercie beaucoup pour avoir fait cette demande. Merci beaucoup !

C’est donc à cette occasion que fut prononcé le célèbre « Qui suis-je pour juger? »

Ce qui amène Sandro Magister à conclure:

  1. En prétendant n’avoir « rien trouvé » de répréhensible lors de de l’« investigatio » préalable à la nomination de Mgr Ricca comme prélat de l’IOR, François a confirmé que le dossier personnel conservé sur lui à la Secrétairerie d’État a été soigneusement expurgé de ses antécédents scandaleux. François avait pourtant eu à sa disposition au cours de semaines précédentes les documents originaux conservés à la nonciature de Montevideo, une source sans appel puisque c’est sur base de ces informations que la Secrétairerie d’État avait sur-le-champ relevé Mgr Ricca de ses fonctions diplomatiques. Et pourtant il les a ignorées.
  2. François a appliqué à Mgr Ricca le traitement réservé à celui qui a commis une « erreur de jeunesse » et qui s’est repenti. Mais ce n’est pas là l’image que Mgr Ricca a jamais donnée de lui mais plutôt celle de quelqu’un qui a toujours considéré les accusations portées contre sa conduite comme des « ragots » sans fondement.
  3. Et c’est justement à propos de Mgr Ricca que François a prononcé sa célèbre phrase qui est devenu l’emblème de son pontificat : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur et qu’elle est de bonne volonté mais qui suis-je moi pour la juger ? ». Par cette phrase, François a complètement retourné en sa faveur l’opinion publique mondiale concernant une affaire qui, autrement, aurait pu sérieusement entamer sa crédibilité.

NB: à nouveau, pour les lecteurs qui souhaiteraient en savoir plus sur le lobby gay et son travail de sape au plus haut niveau de la hiérarchie, nous ne saurions trop vous conseiller de lire l’ouvrage d’Henry Sire récemment traduit en français: « Le Pape dictateur « .