Tentative d’approfondissement ou d’élargissement de la réflexion sur la crise de l’Eglise

D’un lecteur de Perepiscopus :

I.

  1. Ce qui suit est ou se veut une tentative d’approfondissement ou d’élargissement de la réflexion qu’il est possible d’avoir, et qu’il n’est pas encore « évangéliquement », ou plutôt « inclusivement » et « synodalement » interdit d’avoir, sur les fondements, le contenu, les dimensions, la direction caractéristiques de la crise de l’Eglise.

  2. Plusieurs attitudes se manifestent, en présence de la crise de l’Eglise ; la liste qui suit n’a d’ailleurs nullement la prétention d’être exhaustive :

A cette liste d’attitudes (qui peut dire qu’il n’a jamais été en présence de l’une ou l’autre d’entre elles ?), on peut ajouter l’attitude de ceux qui considèrent, depuis le début du XXI° siècle, qu’il y a bel et bien une crise de l’Eglise, mais presque exclusivement dans le domaine des moeurs du clergé, et qu’il n’y a pas une crise de l’Eglise essentiellement dans le domaine de la foi catholique et de la foi des catholiques, qu’il s’agisse des clercs ou des fidèles.

II.

  1. Comme souvent, le plus intéressant, avec ces diverses tentatives de dissimulation ou de minimisation du bien-fondé de la notion de crise de l’Eglise, ne réside pas tant au sein de ce qui est dit qu’au coeur de ce qui est tu, par ceux qui recourent à l’une ou à l’autre de ces mêmes tentatives.

  2. Il convient de parler, ici, d’une part du fait générateur de la crise de l’Eglise, d’autre part du caractère asservissant de cette crise de l’Eglise.

  3. La première chose qui est souvent tue porte sur le fait générateur de la crise de l’Eglise,

  1. Et la deuxième chose qui est souvent tue porte sur le caractère asservissant de la crise de l’Eglise, alors qu’il est objectivement asservissant que tant de catholiques se soient « libérés » du catholicisme, hier, ou s’en « libèrent », encore aujourd’hui, pour s’enfermer à l’intérieur du « triangle » formé par la réunion des trois « côtés » suivants : une certaine forme d’humanisme agnostique, un certain type de panchristisme postmoderne, et une espèce de mondialisme progressiste qui, à tout le moins dans sa composante progressiste, a commencé à se déployer dès après 1945, et non après 1965 ou après 1968…

III.

  1. Dans cet ordre d’idées, il ne faut pas avoir peur de prendre appui sur une notion qui a déjà été employée par le pape François, la notion de « colonisation idéologique » (même si le pape François (et pour cause…) ne l’emploie pas du tout avec l’état d’esprit qui se manifeste ici), pour bien faire comprendre la « colonisation idéologique » dont le catholicisme a commencé à être la victime, à partir du début de l’avant-Concile sous Pie XII, d’autant plus que cette « colonisation idéologique » n’a pas pas eu pour objet d’améliorer, mais a eu pour objet d’éliminer du catholicisme les trois traits de caractère suivants : le mode de raisonnement philosophico-théologique aristotélico-thomiste, l’ecclésiologie controversiste et la christologie exclusiviste.

  2. Et dans le même ordre d’idées, il ne faut pas non plus craindre de rappeler les composantes passées ou présentes de cette « colonisation idéologique » :

A cette liste de composantes on peut ajouter celle-ci : le détournement ou la domination du personnalisme chrétien par le modérantisme pusillanime…

(Laissons ici aux plus perspicaces le soin de rappeler dans quelle mesure la philosophie de la libération et la théologie du peuple, auxquelles il est judicieux de s’intéresser, plus particulièrement, depuis mars 2013, fonctionnent, ou pas, à la « colonisation idéologique », au sein de l’Eglise catholique.)

  1. Dans une Eglise catholique dans laquelle il est encore possible, pour quelque temps encore, de débattre de vraiment beaucoup de choses, à condition, il est vrai, que ces débats ne soient pas propices à une prise de conscience, puis à une remise en cause de l’irénisme et de l’utopisme ad extra qui sont à l’ordre du jour depuis plus d’un demi-siècle, il est particulièrement caractéristique qu’il soit aussi souvent considéré comme impensable, impossible, insensé ou interdit d’envisager de débattre, d’une manière critique, sur l’une ou l’autre des composantes constitutives de cette « colonisation idéologique ».

  2. La même remarque s’impose, non plus sur les fondements du fait générateur de la crise de l’Eglise, mais bien sur les fondements du caractère asservissant de la crise de l’Eglise : ainsi, il serait presque inimaginable qu’un évêque accepte de se laisser interpeller par un fidèle, puis, surtout, accepte de répondre à ce fidèle, d’une manière dépourvue d’élusions et d’omissions, en présence de la question de savoir pourquoi il est aussi important, pour tant de docteurs et de pasteurs catholiques, que les catholiques continuent à penser et à vivre, au contact de leur environnement extérieur et du monde contemporain, depuis l’intérieur du « triangle » formé par la réunion de l’humanisme agnostique, du panchristisme postmoderne et du mondialisme progressiste, qui leur est imposé, encore plus depuis le début des années 2010 qu’au cours de la période comprise, globalement, entre 1960 et 2010.

IV.

  1. Néanmoins, pourquoi critiquer les composantes de cette « colonisation idéologique » ou, en tout cas, philosophico-théologique, et pourquoi critiquer cet enfermement du regard, du discours et des actes des catholiques, en direction des religions non chrétiennes et des valeurs contemporaines, à l’intérieur du « triangle » consensualiste ou inclusiviste déjà évoqué ci-dessus, puisque, on vous l’a dit et répété, la critique interne porte atteinte à « l’unité de l’Eglise » ?

  2. Ici, il y a deux aspects et enjeux à prendre en considération :

  1. Or, il faut le préciser ou le rappeler : bien que les origines intellectuelles de cette idéologie aient fait leur apparition en amont du Concile Vatican II, et qu’elle inspire une partie du Concile, l’idéologie du dialogue est l’idéologie des clercs catholiques, idéologiquement post-conciliaires, qui s’imaginent

a) que l’Eglise catholique peut et doit se concilier, d’une manière complète et définitive, avec son environnement extérieur et avec le monde contemporain, voire que l’Eglise catholique peut et doit se conformer, d’une manière presque inconditionnelle, à telle conception dominante (non catholique ni même chrétienne) des religions non chrétiennes et/ou des valeurs contemporaines, soi-disant émancipatrice pour l’homme et/ou unificatrice en ce monde,

et

b) que presque personne n’a de conceptions et de convictions clairement éloignées ou gravement opposées à la foi catholique et à la vie chrétienne, ou que presque tout le monde a des conceptions et des convictions « accueillables », « incluables », recevables ou respectables, en religion et en morale …

… sauf, entre autres, les catholiques dits conservateurs et les catholiques dits traditionnels

– qui n’adhèrent pas mais, au contraire, résistent ou s’opposent à telle conception dominante (humaniste, panchristique et/ou mondialiste) de l’évolution des mentalités, de l’orientation de la moralité, des religions non chrétiennes et/ou des valeurs contemporaines,

et

– qui s’efforcent, avec l’aide de la grâce de Dieu, d’être fidèles, d’une manière pensée et vécue en Jésus-Christ, à la conception catholique, éclairante, exigeante, fortifiante, nourrissante, orthodoxe, réaliste, structurante, tonifiante, de la foi catholique et de la vie chrétienne, mais aussi du bien commun, de la loi naturelle, de la personne humaine et de la recherche de la vérité.

  1. Ainsi, l’idéologie du dialogue est presque celle ou est proche de celle des catholiques qui se contentent de laisser entendre, ou qui consentent à faire entendre (notamment grâce à la praxis du « respect total » des convictions de ceux qui croient autrement et des conduites de ceux qui vivent autrement),

Il convient de rappeler que c’est surtout quand cette praxis du « respect total » ad extra est associée ou combinée avec la praxis de l’effacement ou de l’occultation ad intra d’éléments essentiels, représentatifs du catholicisme ante-conciliaire, que nous sommes en présence du déploiement de l’idéologie post-conciliaire, dans son expression la plus pure, cette idéologie reposant autant sur le « dialogue » ad extra que sur le « renouveau » ad intra.

Or, remplacez le mot « dialogue » par le mot consensus, et le mot « renouveau » par le mot reniement, et vous comprendrez ce qui se manifeste, parfois…

Ceux qui considèrent que ce qui est écrit ici est exagéré n’ont qu’à se demander pourquoi les théologiens et les évêques qui fonctionnent aussi fréquemment, ou aussi volontiers, au contournement, à la déconstruction, au dépassement, à la destitution, à l’effacement ou à l’occultation des conceptions et des distinctions ad intra, mais aussi des objections et des positions ad extra, qui sont indispensables à la survie de l’Eglise catholique, en tant qu’enseignante (et non en tant que « dialoguante » ou « écoutante »), laissent aussi souvent entendre qu’ils le font « pour le plus grand bien de l’Eglise »…