Motu Proprio à Reims : une situation toujours bloquée

Paix Liturgique revient sur l’application du Motu Proprio dans la région rémoise. La bienveillance s’est arrêtée depuis plusieurs années à ne permettre la célébration qu’un dimanche par mois à Reims : le 3è dimanche du mois à l’église Saint Jeanne d’Arc. Il s’agit de la seule application du Motu Proprio pour le diocèse de Reims (département des Ardennes et l’agglomération de Reims) mais aussi pour le diocèse voisin Chalon (département de la Marne sans l’agglomération de Reims). La messe est célébrée depuis plusieurs années par un prêtre de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre.

Dans sa lettre du 2 juin 2020 (n°747) , Paix Liturgique interroge une fidèle locale :

Louis Renaudin : Vous affirmez donc que la demande de célébration traditionnelle existe réellement à Reims.

Clotilde Remy : Tout à fait et la réalité de Juin 2020 le démontre en chiffres : aujourd’hui , la Fraternité Saint Pie X réunit chaque dimanche plus de 200 fidèles dans sa chapelle Notre-Dame de France ; et ce sont en moyenne 130 fidèles qui se retrouvent UNE FOIS PAR MOIS dans l’église Sainte-Jeanne d’arc. Ainsi, 31 ans après la première demande, plus de 300 Rémois tentent de vivre leur foi catholique au rythme de la liturgie, et aussi du catéchisme traditionnel.

Louis Renaudin : Mais si vous avez déjà ces célébrations que demandez-vous de plus ?

Clotilde Remy : La messe tous les dimanches ! N’est-ce pas normal pour des catholiques ? À Sainte Jeanne d’Arc nous ne bénéficions que d’une célébration mensuelle. Je puis vous affirmer que si cette célébration avait lieu tous les dimanches et fêtes, notre communauté doublerait en très peu de temps ! Et dans ce cas ce ne serait plus 350 fidèles rémois qui assisteraient chaque semaine à la liturgie traditionnelle mais plusieurs centaines de plus.

Louis Renaudin : Et que répondez-vous à l’accusation de ghetto qu’on lance volonté sur votre communauté qui préfèrerait se replier sur elle, plutôt que de se mêler aux autres catholiques ?

Clotilde Remy : Ce n’est absolument pas de notre fait. Jusqu’à l’an dernier notre église dépendait de la paroisse de l’abbé Rodrigue, un prêtre diocésain avec lequel nous partagions de nombreuses activités. Mais depuis son départ, c’est vrai, nous sommes contraints à l’isolement contre notre gré et celui de nombreux fidèles de Saint Jean-Baptiste de la Salle…

En fait, nos communautés sont vivantes et généreuses. Avec 350 fidèles seulement, dont une partie n’a droit qu’à une messe par mois, au cours des 5 dernières années, trois jeunes hommes se sont dirigés vers le sacerdoce et la vie religieuse : un est devenu frère au sein de la Fraternité Saint-Pie X et deux autres seront ordonnés prêtres cette année, l’un au sein de la Fraternité de Saint-Pie X et un autre au sein de la Fraternité Saint-Pierre. Or, au cours de la même période l’ensemble du diocèse n’a ordonné pour son compte que trois nouveaux prêtres. C’est comme ça.

Louis Renaudin : Parlons de la situation actuelle. Reims a un nouvel évêque. N’est-ce pas l’espoir qu’advienne un « monde d’après » ?

Clotilde Remy : Peut-être, peut-être. Depuis son arrivée sur le siège de Reims, en août 2018 , Mgr. de Moulins-Beaufort nous a demandé de lui faire confiance, ce que nous avons fait bien volontiers. Mais nous sommes en 2020, deux ans ont presque passé…

Louis Renaudin : Qu’allez-vous faire ?

Clotilde Remy : Ne rien lâcher. Nous avons de nombreux projets dont, entre autres, celui de faire réaliser sur Reims un sondage par un organisme professionnel indépendant pour connaitre et mesurer le sentiment des fidèles au sujet de la convivence pacifique des formes liturgiques. Et une fois le sondage réalisé, nous irons à la rencontre de nos frères dans les paroisses pour dialoguer avec eux. Nous sommes convaincus que ces catholiques, nos frères, ne comprennent pas plus que nous l’ostracisme dont nous sommes l’objet.