Abus sexuels : la parole se libère au sein de la FSSPX

Le journal catholique « de gauche » La Vie a fait un bilan rapide pour la première année après le rapport de la CIASE, au sein des diocèses français (accessible aux abonnés) et à la FSSPX (en accès libre). Le biais n’est pas un hasard – vu le peu d’efforts effectivement faits dans les diocèses, il vaut mieux focaliser l’attention du lecteur sur la FSSPX, qui elle n’a pas ouvert ses archives à la CIASE. Néanmoins, la Vie donne la parole à Benoît de Jorna, supérieur du district de France.

Ce dernier répond, au sujet de la CIASE : « Ce n’était pas une demande légitime , déclare Benoît de Jorna, qui souligne sa désapprobation du rapport Sauvé remis aux évêques et aux supérieurs des congrégations religieuses, le 5 octobre 2021. Nous partageons les griefs formulés par l’Académie catholique , en particulier sur l’extrapolation des chiffres . »

« Or, un collectif de victimes d’abus au sein de la FSSPX a été créé en juillet 2022 pour libérer la parole, après deux ans de discussions informelles « , indique la Vie. « Plusieurs de ses membres sont passés par la mission lefebvriste de Libreville, au Gabon, fondée en 1986, qui compte notamment une école de 300 élèves garçons. «C ette mission est très symbolique pour la FSSPX, souligne Benjamin Effa, porte-parole du collectif. Mgr Lefebvre avait été missionnaire au Gabon et la création d’une mission à cet endroit est une vitrine pour l’expansion de la Fraternité en Afrique. »

Longtemps dirigée par l’abbé Patrick Groche, la mission gabonaise de la FSSPX a fait l’objet d’un reportage à charge du média catholique traditionaliste américain Church Militant, en mars 2022, intitulé Black Trads Matter (« Les Noirs tradis comptent »). Selon les journalistes, Patrick Groche, âgé de 74 ans et retiré dans un prieuré du Sud de la France, aurait abusé de nombreux enfants à sa charge.

Il s’agit en réalité d’une implantation de la FSSPX dans un couvent, à Lourdes – une des rares maisons de la FSSPX qui n’a ni école, ni activités de jeunesse, mais quelques familles nombreuses des environs fréquentent ses messes. Un premier article, paru dans le média gabonais Le Confidentiel , à ce sujet, a depuis été retiré. Cependant un ancien servant de messe qui vit aujourd’hui à Strasbourg, a témoigné dans une vidéo diffusée par Jeune Afrique , et dont les propos ont été retranscrits par de nombreux médias africains.

Un autre prêtre apparaît dans les documents de Church Militant – il est retiré à Montgardin, sans ministère public.

Retiré de tout ministère ?

« L’accusation nous a été transmise, et le prêtre a reconnu les faits », affirme Benoît de Jorna, précisant qu’il n’y a pas eu d’action en justice, mais que « l’abbé Groche est retiré de tout ministère » : « Lorsqu’il y a accusation, on écoute les victimes, et on prend des mesures disciplinaires et canoniques », précise le supérieur de la FSSPX en France « .

Cependant, ce 11 octobre, la Nouvelle République des Pyrénées s’interroge : est-il vraiment retiré du ministère? Un appel anonyme reçu au journal prétend que non.

La journaliste qui s’est rendue à l’implantation de la FSSPX à Lourdes – dont l’entrée est protégée par un digicode et un visiophone, suite à des intrusions et des vols – n’a pas pu l’établir formellement : « Je propose à la sœur rencontrée sur place de s’exprimer sur le sujet ou de proposer à l’abbé G. de le faire. Il n’a pas été possible d’entrer en contact avec l’abbé G. pour lui donner la parole. Missionnée pour m’escorter jusqu’à la sortie, la religieuse élude toutes les questions posées, avec un sourire et une réponse répétée à l’envi : « Ici, on prie. » Interrogée sur le fait que l’abbé soit toujours au contact d’enfants, elle marque un temps d’arrêt semblant, pour la première fois, hésiter. Avant de conclure : « Je suis désolée, je ne réponds rien « .

L’on remarquera au passage que la Nouvelle République des Pyrénées , qui fait partie du groupe la Dépêche, est bien moins pressée de couvrir d’autres affaires d’abus , pourtant bien plus graves , et dont ses journalistes ont parfaitement connaissance. Le fait que le groupe La Dépêche a été longtemps dirigé par le cacique radical Jean-Michel Baylet, du G.O.D.F, n’a évidemment aucune importance dans un département où les fraternités des ouvriers du bâtiment sont omniprésentes, tout comme le fait qu’il a été accusé de viols sur mineure , une affaire classée en raison de la prescription et non en raison de l’insuffisante caractérisation des faits.

Une proportion infime de prêtres

L’article se poursuit par d’autres affaires anciennes, connues, dont celle de l’abbé Peignot qui a quitté la FSSPX pour un groupe dissident et est maintenant aumônier d’une chapelle privée en Aquitaine qui rassemble une quinzaine de fidèles. – son cas ne relève plus maintenant de la FSSPX, mais de Mgr Williamson ou de la justice civile.

« De son côté, Benoît de Jorna affirme que la FSSPX s’est convertie à la « tolérance zéro » dans ses écoles, qui rassemblent sur le territoire près de 2000 élèves, poursuit la Vie : «Il y a une charte extrêmement précise quant à l’action des prêtres et de nos collaborateurs dans la manière de se comporter vis-à-vis des enfants. On ne peut pas être professeur ou encadrant dans nos écoles sans montrer auparavant son casier judiciaire.

Malheureusement, plusieurs prêtres chez nous se sont rendus coupables d’actes innommables. Nous compatissons au désastre que cela représente pour les victimes. Les actes sont catastrophiques, mais ils ne concernent qu’une proportion infime de prêtres. Une insistance plus grande ferait croire que le nombre serait énorme, ce qui n’est pas le cas . Il ne faut pas développer à outrance ce qui ne doit pas l’être. Ce sont des actes innommables, mais ce n’est pas pour autant que l’on va faire des conférences sur le sujet . », poursuit Benoit de Jorna dans La Vie .

La FSSPX compte actuellement 707 prêtres [ statistiques détaillées au printemps 2021 ] mais en a ordonné plus de 1000 depuis sa création.