Diocèse d’Angoulême : Mgr Gosselin mis en cause pour son passé à Tressaint
Un collectif de laïcs anonymes a exprimé une vive défiance au sujet de Mgr Gosselin, évêque d’Angoulême, dans la Charente Libre du 30 novembre dernier, et à sa capacité à gérer les problèmes d’abus. Les auteurs de la tribune s’appuient sur son inaction supposée lorsqu’il dirigeait le foyer de Charité de Tressaint en Bretagne (2004-2015) où des abus sexuels ont eu lieu, dont un membre a été jugé en 2022 à Saint-Malo.
L’article, accessible aux abonnés, a été partagé sur Twitter par le collectif Agir pour notre église . » leur propos s’accompagne d’une véritable défiance à l’égard de Monseigneur Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême. […] Cette défiance se nourrit du passé de l’évêque d’Angoulême. Un passé qui rejaillit, alors que s’est tenu ce jeudi,au tribunal correctionnel de Saint-Malo le procès d’un laïc .
J […] B., accusé d’agressions sexuelles sur au moins quatre victimes au sein du Foyer de Charité de Tressaint. Un foyer dont monseigneur Gosselin fut le responsable de 2004 à 2015. Jean-Pol B., 72 ans, a été condamné à 10 mois de prison avec sursis.
L’une des quatre plaignantes l’assure : elle avait dénoncé les agissements de son agresseur à monseigneur Gosselin. « Il y a une autre victime après. S’il avait parlé, agi, cette victime n’existerait pas », dénonce-t-elle. Quand les femmes ont parlé, c’était comme si c’était pour lui une non-information. Quand elles lui ont écrit, plus tard, sa seule réponse a été : ‘je n’ai pas entendu, je n’ai pas compris.
Cet épisode n’est pas le seul à tacher les années Tressaint de Monseigneur Gosselin. Tressaint, c’est un foyer de charité, lieu de retraite et de contemplation, situé dans les Côtes d’Armor. Hervé Gosselin y a fait ses armes, dans le sillage d’un responsable charismatique, le père Van Den Borght. Un père décédé en 2005, auquel Hervé Gosselin a succédé en tant que responsable de la communauté de 2004 à 2015. En 2018, la parole se libère au sein du foyer de Tressaint. Une femme parle. Puis deux.
Au final, 52 femmes, dont certaines mineures, ont témoigné des agressions sexuelles du père Van den Borght . En particulier lors de confessions, tête bloquée entre les jambes du responsable, ou de rencontres en tête-à-tête.
Publiquement, et notamment dans La Croix en 2018, Hervé Gosselin a toujours dit qu’il n’était pas au courant des dérives de son prédécesseur. « C’est faux. Lire ceci est insupportable », tonne une victime. « Qu’il n’ait pas été au courant du vivant du père Van Den Borght, je l’imagine mal mais c’est possible. Par contre, à partir de 2004, des femmes lui ont parlé. Et il n’a rien dit, n’a pas fait preuve de compassion, ne les a pas aidées . Il a fait comme si ça n’avait pas existé.
[…] Plus ambigu encore : en janvier 2019, alors qu’il était déjà évêque d’Angoulême, Hervé Gosselin a participé à une réunion au foyer de Tressaint. Il a dit que dans l’Église, il y avait deux écoles : ceux qui voulaient que ce genre d’affaires se règlent publiquement et ceux qui préféraient la discrétion et le silence, que le linge sale se lave en famille. Il a dit qu’il était de la deuxième école . Ses propos ont créé une vive émotion « .
A Saint-Malo, le prévenu jugé en novembre 2022 pour des gestes et des attitudes qui ont entraîné la perte de la Foi pour l’une des victimes au moins, comme le relate le Pays Malouin , avait un précédent : « en 1993, l’homme aujourd’hui âgé de 72 ans a été envoyé au foyer de Châteauneuf-de-Galaure, puis au Pérou après des dénonciations d’attitude « pas ajustée » : il avait alors embrassé une femme sur la bouche dans la sacristie « . Cependant, depuis la révélation de cette nouvelle affaire au foyer de Tressaint, il a été banni et expédié dans un monastère d’hommes.
Mgr Gosselin, « meurtri et déçu » répond à ses détracteurs
Sur le site du diocèse, Mgr Gosselin a réagi dans un communiqué au collectif de laïcs – sans vraiment répondre aux points qu’ils soulèvent, ni démentir les propos qu’ils lui prêtent :
« Chers diocésains, Ce mercredi 30 novembre est paru dans la Charente libre un article me mettant en cause à la suite de plaintes d’un collectif d’anonymes. J’imagine votre trouble.
Je suis meurtri et déçu qu’un collectif choisisse l’anonymat et la voie de presse pour s’exprimer. A ceux-là, comme à chacun d’entre vous, je voudrais redire combien je souhaite rester disponible pour le dialogue et répondre en vérité et toute transparence.
Je vous redis ma détermination à rendre notre maison commune plus sûre et plus fidèle à sa mission. C’est l’affaire de tous. Vous trouverez sur le site ce qui a été mis en place depuis quelques années dans ce but, comme dernièrement une formation à l’écoute active que j’ai suivie avec des prêtres et des responsables.
Des victimes d’abuseurs ont souffert et souffrent encore de ce qu’elles ont subi. Elles méritent de recevoir notre compassion et notre aide active pour leur reconstruction.
Le silence peut être complice, j’en conviens, et je demande humblement pardon si mon attitude a pu rajouter à leurs blessures.
Restons unis pour demander au Seigneur sa force et sa Lumière.
+ Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême »
