Messe traditionnelle: retour sur la rencontre avec Mgr Ulrich

La rencontre du 1er mars 2023 entre l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, et trois membres du collectif Sainte-Geneviève constitue une première. C’est une brèche dans le refus de l’archevêque de Paris de rencontrer les fidèles attachés eu rite traditionnel. Il y a peu, il préférait laisser ses vicaires généraux s’en occuper. Il est vrai que Mgr Ulrich avait été interpellé à plusieurs reprises par des personnes qui à la sortie d’une église, qui au détour d’une rencontre paroissiale… Nul doute qu’il a entendu certaines critiques et des récriminations respectueuses mais fermes.

Cette fois-ci l’ancien archevêque de Lille a franchi le pas en acceptant non seulement d’entendre des fidèles, mais aussi d’échanger avec eux sur la question liturgique. Sans beaucoup parler, il a accepté de discuter et de sortir, d’une certaine manière, de sa réserve habituelle. Bien que timidement et sans grands pas. Courtoise, la réunion est restée froide.

Une doxa épiscopale contestable sur la messe traditionnelle et la réforme liturgique

Ce n’est donc pas un changement dans la doxa liturgique officielle – du moins dans certaines des doxa en cours. Pour l’archevêque de Paris, comme pour un certain nombre de ses collègues dans l’épiscopat, la réforme de 1969 reste un développement homogène, Pie V ayant fait comme Paul VI. On peut être dubitatif sur une telle perspective. Comme si Pie V avait créé ex nihilo un nouveau rite. Une croyance nourrie dans la formation diocésaine parisienne, mais qui n’a guère de fondement scientifique.

Mgr Ulrich se veut obéissant. Il reste attaché à une certaine obéissance dans l’Église. Mais une objection à la réforme liturgique telle qu’elle a été menée est-elle constitutive d’une véritable dissension ecclésiale ? Mgr Ulrich, qui a bien connu les années 1970, déplore les contrefaçons liturgiques. Dont acte. A terme, il faudra certainement déplorer une réforme trop rapide, non dans son application , mais aussi dans ses présupposés et certains de ses principes . Quel intérêt y avait-il, par exemple, à créer un nouveau rite, au rebours de la lettre même de Vatican II, concile moins novateur qu’on ne l’a dit, malgré des fruits trop mitigés.

Un archevêque sur ses gardes mais prudent

Dans le climat actuel, à l’heure où l’Église est une cible facile, l’archevêque de Paris est sur ses gardes. Pour ne pas dire sur le qui-vive. Ce qui a pu se constater au cours de l’entretien. Mgr Ulrich est prêt à se défendre. Par ailleurs, les explications ne convainquent pas toujours. Pourquoi s’ingénier à affirmer que la suppression des messes traditionnelles dans l’Est parisien s’explique par une volonté de regrouper les fidèles ? Mgr Aupetit avait voulu faire un peu de zèle pour monter qu’il avait bien compris le Pape en supprimant les messes de ces arrondissements de l’Est. Mais de l’eau a depuis coulé sous les ponts de la Seine…

Mais il n’empêche qu’il y a bien un effort de la part de l’autorité ecclésiale. Mgr Ulrich parle peu. Mais il écoute beaucoup. Il sait que le Motu Proprio Traditionis Custodes n’ a pas fait florès dans l’Église et embarrasse tout le monde. Il se rend compte que ce texte mal fagoté, très mal réitéré, parfois appliqué avec hésitation, fait même sourire par l’absence de réflexion ecclésiale et doctrinale sérieuse. Comme si le paradigme « bergoglien », mélange d’autoritarisme ad intra et d’ouverture ad extra , suscitait déjà un scepticisme dans une Eglise où tout le monde se demande – et de moins en moins à voix basse – si une page pontificale ne doit pas être tournée. Même la frange épiscopale la plus modérée n’est guère enchantée par ce mélange de fuite en avant et de réflexions hors-sol. Le style de François est trop erratique et confus pour marquer une véritable réforme ecclésiale.

Mgr Ulrich écoute beaucoup, comme nous l’écrivons, et il est donc prêt à relayer les souffrances de ces fidèles qui ne demandaient qu’à prier et qui ne comprennent pas les coups de massue arbitraires. Il semblerait que sur la question des sacrements (les confirmations) les choses peuvent se débloquer sans déclaration explicite. Après tout, depuis un an et demi , les ordinations selon le pontifical traditionnel – sacerdotales ou non – ont pu se dérouler sans problèmes. Une sorte de stop and go ecclésial.

À Paris, le clergé n’est pas « bergoglien »

Parce que si sur les rives du Tibre, les partisans de l’Institut Saint-Anselme ont encore l’oreille de la Curie, on est un peu moins laudateur sur les berges de la Seine. La réforme liturgique n’a guère fait venir de nouveaux fidèles – c’est le moins qu’on puisse dire – et l’Église est confrontée à une chute de ses ressources, à une baisse des vocations, ainsi qu’aux scandales qui ne cessent d’être rendus publics. Alors ouvrir un nouveau front vis-à-vis de la messe traditionnelle, on voit bien que c’est peine perdue. Sauf à s’enfoncer encore plus dans la liquidation de ses propres troupes. Se créer de faux ennemis en invoquant des complots imaginaires, c’est bien la marque des systèmes faibles. L’Église a-t-elle vocation à copier des pouvoirs politiques faibles, dont l’autorité s’érode continuellement malgré l’autoritarisme ?

La dynamique traditionnelle perdure. Commencée dans les années 70 et 80, poursuivie dans les années 90, confortée dans les années 2000 et 2020, elle continue et ne semble guère freinée. Les jeunes prêtres ne supportent plus l’apartheid liturgique. À Paris, où l’on constate aisément que le clergé n’est pas « bergoglien », on l’a compris. Bientôt à Rome ? Sans doute, malgré les cafouillages actuels.