Lisieux (14) : et maintenant, un opéra à l’autel de la cathédrale !
Le diocèse de Bayeux-Lisieux, en Normandie, sait-il que faire de son patrimoine religieux ? Après la bibliothèque du séminaire dispersée en catimini et des objets religieux du XVIIIe vendus à vil prix par un (désormais ex-) salarié, voilà une des deux cathédrales du diocèse transformée en salle de spectacle…et ce, dans l’espace où se trouve l’autel.

Un de nos lecteurs a assisté à la répétition générale, et pris des photos, voici son témoignage :
« La répétition générale avait lieu sur l’estrade du maître autel de la messe nouvel ordo – les deux chandeliers et la croix y étaient et n’ont pas été retirés, et cela n’empêchait pas les artistes – qui viennent d’un conservatoire de Seine-et-Marne et dont c’est la première représentation dans cette cathédrale – de hurler, se trémousser, rire, voire manger à côté.
Le sacristain, qui décrit le grand ostensoir néo-gothique à émaux, posé sur un thabor, à droite en entrant dans la sacristie, comme un « tas de tôle » (sic) – n’était pas plus ému que ça de ce manque de respect flagrant de l’espace sacré.
Par ailleurs des artefacts de la pièce posés sur un linge consacré orné d’une belle croix brodée, la sono était sur les marches de l’autel et le synthetiseur juste au pied, la sacristie et le couloir à côté étaient transformés en débarras et vestiaires – sous le regard réprobateur d’une statue du saint curé d’Ars grandeur nature, et le tout en pleine connaissance de cause.

La feuille de route des artistes – qui indique scène par scène, tableau par tableau, que faire et où se placer mentionne bien le présence de l’autel, son emplacement y est défini comme une « estrade « .
La représentation aura lieu ce dimanche 7 avril à 15 heures « .
Certes – il s’agit d’une oeuvre d’inspiration religieuse – le Dialogue des Carmélites de Poulenc (1953-56) reprend un scénario posthume de Bernanos adapté à la scène en 1952.
Même d’inspiration religieuse, les manifestations culturelles dans des églises ne peuvent pas tout se permettre
Mais même dans ce cas, visiblement, le diocèse de Bayeux-Lisieux et les responsables de la paroisse de Lisieux ignorent la réglementation tant romaine que française sur les concerts dans les églises .
Le document romain intitulé « Éléments de réflexion et d’interprétation des normes canoniques » (5 novembre 1987), préparé par la Congrégation romaine pour le Culte divin, indique à ce sujet que même si la manifestation culturelle ou artistique est d’inspiration religieuse, « on n’occupera jamais le chœur de l’église et on respectera en toute circonstance l’autel, l’ambon et le siège du célébrant . Le Saint Sacrement aussi sera respecté voire transféré en un autre lieu ».
Il est complété, entre autres, par un document de l’archevêché de Paris du 29 avril 1988. Ce dernier précise « la mise en place d’équipements lourds (estrades, praticables, colonnes de sonorisation, dispositifs d’éclairage) demandant des jours d’installation, suffit à transformer une église en salle de spectacle : même pour l’exécution d’œuvres »religieuses« à des fins même très louables, ce détournement doit être, normalement, refusé. Car l’assimilation de l’édifice religieux à un simple équipement culturel est d’autant plus tentant que, pour beaucoup, le phénomène chrétien est en voie de liquidation . »
Plus récemment, le diocèse de Châlons en Champagne a publié un guide des concerts dans les églises qui a le mérite d’être clair et concis – deux pages – à destination des organisateurs de manifestations culturelles dans les édifices affectés au culte.
Il y reprend l’impératif romain de respecter l’espace sacré où l’on célèbre la messe et celui du tabernacle s’il est ailleurs : « le pupitre où l’on proclame les lectures (l’ambon), le tabernacle, le siège du prêtre, sont du mobilier liturgique, ils doivent être respectés et ne pas être utilisés lors des manifestations culturelles. Tout comme l’autel qui pour les chrétiens représente le Christ « .
Tout cela est on ne peut plus clair. Par ailleurs les dimensions imposantes de la cathédrale de Lisieux – 110 mètres de long, 30 de large – permettent aux artistes de se mettre ailleurs que dans le choeur. Et la ville compte une ancienne église, désaffectée, de grande taille, servant à diverses manifestations culturelles – un lieu qui semble nettement plus adapté à un opéra que l’autel d’une cathédrale.
Cela semble évident – mais peut être pas aux responsables de la cathédrale de Lisieux – nous avons donc sensibilisé Mgr Habert à ce sujet.
Photos issues de la feuille de route des artistes.


