Bétharram : l’enseignement catholique dans la communication de crise ou la prise de conscience ?

Le secrétaire général de l’enseignement catholique, Philippe Delorme, qui a pris la parole au sujet des nombreux abus physiques et sexuels commis dans le collège Notre-Dame de Bétharram a promis de coopérer avec la justice et d’ouvrir ses archives, et a appelé à « libérer la parole » . Cependant, alors que les victimes ont demandé et obtenu de François Bayrou, suite à leur rencontre à la mairie de Pau, des inspections et des contrôles renforcés pour les établissements privés sous contrat avec internat, s’il ne s’agit pas d’une communication de crise, tardive en plus.

Pour rappel, France Info indique que « le secrétaire général de l’enseignement catholique, Philippe Delorme, assure que l’institution ouvrira ses archives si cela est demandé. « On coopérera, comme on l’a toujours fait, avec la justice, il n’y a aucun souci là-dessus », assure-t-il mercredi 19 février dans franceinfo soir, prenant la parole pour la première fois sur le dossier de Notre-Dame-de-Bétharram . Cet établissement scolaire catholique est ciblé par une centaine d’anciens élèves qui ont déposé plainte pour des violences sexuelles et physiques.

« Il faut tout mettre en œuvre pour libérer la parole. Libérer la parole pour que les jeunes parlent vite, pour qu’ils soient écoutés, qu’ils soient entendus et qu’on puisse agir », ajoute Philippe Delorme qui reconnaît que « pendant des années, il y a eu des actes horribles qui ont été commis » assurant « qu’il n’était pas au courant ». Le secrétaire général de l’enseignement catholique assure qu’il ne « faut jamais chercher à protéger d’abord l’institution mais toujours chercher à protéger la personne », affirmant instaurer depuis huit ans un plan pour « tout mettre en œuvre pour que nos écoles soient des lieux de bientraitance éducative et que les enfants soient protégés ». Sa priorité, dit-il, est que « la parole de l’enfant soit libérée, écoutée » pour permettre aux équipes d’agir en cas de violences ».

À Nantes en 2021, des tags « lycée du viol » aux abords d’un établissement scolaire diocésain : le grand silence

Néanmoins l’enseignement catholique n’a jusque là guère été proactif quant aux affaires d’abus, actuelles ou anciennes notamment. En automne 2021, lorsque à plusieurs reprises, très vite après le rapport de la CIASE , les abords du collège Saint-Stanislas en ville, puis de l’ancien Grand Séminaire sont tagués , et notamment que les noms de plusieurs auteurs d’abus apparaissent sur ceux-ci, ce n’est que lorsque l’évêque Mgr Percerou est mis en cause personnellement pour son silence que le diocèse réagit. Alors qu’un des auteurs principaux est toujours de ce monde, les victimes et anciens élèves attendent toujours, eux, que l’enseignement catholique diocésain fasse au moins un appel à témoins…

D’autres Bétharram en France ?

Arnaud Gallais, président de l’association Mouv’Enfants, a affirmé à la presse qu’il y avait « d’autres Bétharram en France « . L’association s’appuie sur le rapport de la CIASE, qui estime que 23% des 330 000 victimes recensées de 1945 à 2020 par la commission étaient dans des établissements scolaires religieux, soit 75 900.

» En comptant les anciennes colonies et l’Algérie, ainsi que les établissements gérés par les communautés nouvelles, ou ceux qui ont eu des agréments d’aide sociale à l’enfance, et évidemment l’enseignement scolaire religieux congréganiste ou diocésain, il pourrait y avoir deux à trois établissements concernés par département, dont certains ne sont plus ouverts aujourd’hui « , estime une militant associatif engagé dans l’accompagnement de victimes d’abus.

Selon nos informations, dans un rayon de 80 km autour de Bétharram, d’autres abus ont été commis dans des établissements situés dans les Hautes-Pyrénées, dans le Béarn ou le pays Basque – notamment dans un établissement dont le directeur a été un des laïcs qui est mis en cause par le plus de plaintes pour abus sexuels et physiques émanant d’anciens élèves.

D’autres affaires sont connues, voire ont été jugées – le collège de Mur de Barrez dans l’Aveyron, le directeur adjoint du collège saint Michel à Annecy condamné pour agressions sexuelles et détention d’images pédopornographiques, les multiples affaires du collège Stanislas à Paris, l’affaire Peccoud , jésuite qui a dirigé l’école sainte Geneviève dans les Yvelines et le lycée agricole de Purpan en Haute-Garonne, etc.

D’autres ont fait l’objet de témoignages détaillés – comme celui de Christophe Sirchis dans Starmustang (2010), où il relate les abus subis au collège lassallien d’Estaimpuis, un internat prestigieux, situé en Belgique non loin de la frontière avec la France, où la majeure partie des élèves étaient français – depuis 1984, il est fermé et tombe en ruines. Dans d’autres affaires, des victimes ont été reconnues par la CIASE… et reçues par le Pape pour certaines, notamment pour les abus commis à Issé (frères de Saint-Gabriel, l’école est aujourd’hui fermée) et Loctudy, ainsi qu’à Rennes au collège eudiste Saint-Martin.