Bétharram : trois garde à vues, les diocèses de Bourges, Orléans et Tarbes rattrapés par l’affaire

L’affaire des abus sexuels et physiques sur les enfants du collège Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Orientales, commis entre l’après-guerre et le milieu des années 2010, connaît un sérieux coup d’accélérateur depuis ce mercredi : trois des auteurs présumés ont été placés en garde à vue, dont un prêtre nonagénaire et deux laïcs. L’un d’eux a ensuite été CPE d’un établissement de l’enseignement catholique en Orléans , et directeur adjoint d’un collège avec internat à Châteauroux jusqu’à sa retraite, dans le diocèse de Bourges . Par ailleurs un des surveillants visés par des plaintes pour violences physiques à Bétharram s’avère être un diacre permanent du diocèse de Tarbes , et l’a été plusieurs années entre son ordination et son départ de l’établissement scolaire – ses propos à l’émission Quotidien, où il justifie les violences commise s, ne passent pas auprès des victimes et posent sérieusement la question de la confiance dans l’Eglise…

Ce mercredi 19 février, trois des auteurs présumés d’abus sexuels et physiques ont été placés en garde à vue. Il s’agit :

A l’été 2024, la direction interdiocésaine de l’enseignement diocésain de Bourges – commune pour l’Indre, le Cher et le Loiret (diocèse d’Orléans) nous affirmait qu’il n’avait pas, à leur connaissance, été signalé pour violences ou abus à Châteauroux, et se disait incapable de donner les dates auxquelles il était en poste dans l’établissement, ni ses postes précédents. Voilà pour la volonté de « transparence » et de libération de la parole affichée hier par le directeur national de l’enseignement catholique.

132 plaintes à ce jour, de nouveaux auteurs laïcs et religieux identifiés

Par ailleurs les plaintes continuent à affluer – 132 à ce jour dont 60 sexuelles, et selon les témoignages de victimes qui s’apprêtent à déposer plainte, « ils ne prennent plus de plainte à la gendarmerie de Naÿ concernant cette affaire « , tandis qu’à la section de recherche de Pau, les rendez-vous sont donnés pour « dans trois semaines, ils croulent apparemment sous les demandes « .

Les gardés à vue ne représentent qu’une partie des auteurs – plus d’une vingtaine, dont 11 religieux – deux nouveaux ont été identifiés par de nouvelles plaintes, des abbés décédés en 1998 et 1997 respectivement. Néanmoins la majeure partie des auteurs d’abus sont des laïcs – une dimension qui ne semble pas assez avoir été prise en compte par la CIASE, qui s’est concentrée sur les auteurs religieux. Un des auteurs présumés serait toujours surveillant dans des foyers, d’autres ont exercé comme professeurs dans d’autres établissements scolaires de la région ou plus loin (Languedoc).

Un diacre permanent du diocèse de Tarbes justifie les violences qu’il a commises à Bétharram : peut-il encore exercer des fonctions d’Eglise ?

A l’émission Quotidien, un des surveillants mis en cause pour des violences physiques graves, Ange Mur, devenu en 2001 maire de la commune de Jarret, a tenu des propos justifiant ses violences : « quand je frappais, je frappais. J’en distribuais quelques unes en début d’année et après je n’en avais plus besoin « . Au sujet des violences sexuelles commises sur plusieurs enfants par l’ancien directeur, le Père Carricart, qui a mis fin à ses jours , il a eu ces mots : « comme par hasard, ce sont ces gosses maniérés [qui se posent des questions sur leur sexualité] qui subissent ce genre de violence « .

Mgr Micas, évêque de Tarbes Lourdes, a condamné ses propos : « Misère de misère » : c’est la réaction spontanée de l’évêque de Tarbes-Lourdes Jean-Marc Micas, après la déclaration de l’un des diacres de son diocèse, Ange Mur, sur les violences commises à Notre-Dame de Bétharram, à nos confrères de Quotidien. « C’est à cette occasion que j’ai découvert d’ailleurs qu’il avait été surveillant » souligne l’évêque, qui affirme qu’étant « prêtre à Toulouse dans les années 90 », « je ne connaissais pas » cette institution religieuse, au moment des faits. « La seule école réputée pour sa discipline que je connaissais dans mon périmètre, c’était Notre-Dame de Garaison « , dont un ancien surveillant avait été condamné à 14 ans ferme en 2009 pour des viols sur 23 mineurs, principalement des élèves de l’établissement, commis entre 1987 et 2006, et il y aurait d’autres faits plus anciens .

Néanmoins la question de la confiance dans l’Eglise se pose : Ange Mur a été ordonné diacre permanent le 4 octobre 1992 par Mgr Sahuquet , alors évêque de Tarbes Lourdes, et a quitté Bétharram en 1999-2000. Il a fêté ses 25 ans de diaconat en 2017. Il avait aussi enseigné à Saint-Pé de Bigorre et à Peyramale à Lourdes avant sa retraite en 2014. Comme le confirment les victimes sur leur groupe, il aurait commis des violences physiques graves en étant encore diacre : « de 1998 à 2000 il avait encore la main bien lourde !!! je confirme ! « , indique ainsi un ancien élève.