Déchristianisation à Charleroi (Belgique) : deux églises démolies, une troisième en sursis
La commune belge de Charleroi veut se débarrasser des églises désaffectées depuis des années, au prétexte de la cherté de leur entretien. L’église saint Basile de Couillet, au sud de Charleroi – la seule de Belgique à porter ce vocable, va ainsi être détruite , cinq ans après Sainte-Marie à Lodelinsart. Une troisième église, saint Eloi, est au coeur d’un bras de fer entre la région wallonne, qui veut la conserver, et la ville qui veut la détruire.
La presse belge rappelle que c’est un problème de corniches qui a causé la désaffection, puis la ruine, de l’église de Couillet : « aux origines des soucis de Saint-Basile, il y a » bêtement » des problèmes de corniches. La Fabrique n’ayant pas les moyens de les remplacer, l’église va entamer sa lente dégradation pendant une trentaine d’années. Entretemps, plusieurs propositions auraient pu la sauver « .
Et si certains espéraient que la sacristie, un petit pavillon octogonal, serait sauvée , il n’en sera rien, tout va disparaître : « la Fabrique d’église Saint-Basile espérait encore peu avant cette réunion, que la sacristie, un joli pavillon octogonal, serait restaurée afin d’accueillir, entre autres, les deux monuments à la mémoire de la famille Parent, fondatrice et bienfaitrice de l’édifice au 19e siècle. Finalement, le bâtiment sera détruit en même temps que l’église. Quant aux fameux monuments, ils disparaîtront avec l’église.
L’encadrement néo-gothique en marbre blanc de ces monuments contient, pour l’un, un haut-relief en albâtre à la gloire de Basile Parent, sculpté par Jacques de Braekeleer en 1872 tandis que son vis-à-vis accueille une plaque de laiton portant une inscription aux noms de Basile Parent et de ses enfants qui achevèrent le travail commencé par le père… La plaque vient d’être démontée par la Fabrique d’église pour être sauvegardée « .
La Wallonie veut sauver l’église saint Eloi de la démolition
Une troisième église de Charleroi est actuellement menacée – saint Eloi, située au nord de la ville, désaffectée depuis 2016 et désacralisée depuis 2019. Elle avait été construite en style industriel pour les ouvriers de la métallurgie – et dédiée au saint patron des orfèvres et des métiers du fer. « Pour Virgil Declercq, le président de l’ASBL Historia, [la destruction] est une aberration : « Détruire ce bâtiment, c’est effacer une partie de Charleroi. Elle a été conçue par l’architecte Auguste Cador et est typique de ce style industriel. Elle a été construite avec des matériaux industriels de la région. Ainsi, l’architecture reflète à la fois les ressources locales et l’influence artistique que l’architecte a su insuffler à ses réalisations ». Une pétition en ligne avait aussi été lancée par un habitant de Charleroi pour tenter de la sauvegarder. Cette pétition a récolté plus de 3000 signatures. Mais c’est finalement la Région wallonne qui a acté le refus de la démolition le 10 décembre. Elle a reconnu la valeur patrimoniale, architecturale et historique de l’église « .
La ville de Charleroi, qui tient à aménager un parc à la place de l’église, a introduit un recours contre cette décision : « Cette démolition vise à améliorer le cadre de vie des citoyens. Le projet n’a pas été analysé dans sa globalité. L’accent a été mis uniquement sur la valeur patrimoniale de cette église, sans prendre en compte l’importance du projet lui-même ni sa qualité. Le « plan places » a pour objectif de rénover et d’améliorer la qualité des places à Charleroi « . A l’époque où sa démolition avait été décidée, aucun groupe politique ne s’y était opposé … mais la décision avait suscité une levée de boucliers des habitants de son quartier. Suite au prochain épisode…
