Célibat sacerdotal : Mgr Léonard à la remorque de Mgr De Kesel ? (1)

Je continue l’analyse de cette conférence donnée par Mgr Léonard jeudi dernier. Le célibat sacerdotal a évidemment été abordé. Parlant des voix qui s’élèvent en faveur de son abolition, l’archevêque a déclare que « il ne faut surtout pas le faire en le présentant comme une solution face à la pédophilie ». C’est tout à fait exact et il faut applaudir ici le courage dont l’archevêque fait preuve en rappelant cette vérité, impopulaire face à une campagne tous azimuts, à la fois haineuse et brouillonne, pour abolir ce célibat. L’ordination d’hommes mariés ne changerait rien, puisque la grande majorité des pédophiles sont mariés ou vivent en couple hétérosexuel.
Ce qui m’a interloqué, c’est la suite du propos : « A plus long terme, on pourrait envisager d’ordonner des hommes mariés. Mais seulement à long terme ». Donc, ce ne serait pas un remède à la pédophilie de certains clercs mais, sur le fond, Mgr Léonard n’est plus attaché inconditionnellement au célibat sacerdotal. On me dira qu’il ne l’envisage pas dans l’immédiat, que c’est pour lui une perspective lointaine etc., et c’est vrai. Mais le fait est que, sur le principe, le nouveau primat de Belgique ne tient plus en faveur du célibat sacerdotal. Ce sont ses propres paroles.
On sait fort bien ce qui se passe dans ce cas de figure : on a beau prendre toutes les précautions oratoires qu’on veut (Mgr Léonard n’y a pas manqué), on crée une brèche, dans laquelle tous les groupes de pressions ne tardent pas à s’engouffrer. C’est un processus subversif bien connu. C’est celui par lequel on a introduit les « ministres extraordinaires » de la communion. Ils sont devenus si « extraordinaires » qu’ils distribuent la communion même quand il y a assez de prêtres et de diacres pour le faire. C’est également le processus par lequel Paul VI a introduit la communion dans la main. D’après mon calcul, 88% du volume de l’instruction Memoriale Domini (29 mai 1969) est consacré à confirmer la réception de la communion à genoux et sur les lèvres. On arrive presque à la fin du texte et on se demande si c’est bien dans ce document-là que Paul VI a introduit la réception dans la main. Et voilà que, dans les dernières lignes, un indult est accordé, en totale incohérence avec tout le raisonnement qui précède. Tolérance restreinte, encadrée, assortie d’un contrôle strict etc. mais toutes ces précautions étaient évidemment illusoires. Ce qui est important, ce n’est pas le barrage qui est solide en tous points sauf un, c’est la brèche. On sait ce qui est advenu après cette instruction romaine de 1969. La norme est à présent si bien inversée que c’est la communion sur les lèvres qui est vue comme une bizarrerie et à peine tolérée.
(à suivre)