L’incomparable mérite de Notre-Dame

Lu sur la Porte Latine (Extrait des Gloires de Marie de saint Alphonse de Liguori)

Si l’intelligence humaine, au dire de l’Apôtre, est inca­pable de com­prendre la gloire immense que Dieu a pré­pa­rée dans le ciel pour ceux qui l’auront aimé sur la terre, « quel est l’homme, demande saint Bernard, qui com­pren­dra jamais celle qu’il a pré­pa­rée pour sa Mère ? » Marie l’a aimé pen­dant sa vie plus que tous les hommes, et même, dès le pre­mier ins­tant de son exis­tence, elle l’aimait déjà plus que tous les hommes et les anges ensemble. L’Eglise a donc rai­son de chan­ter La sainte Mère de Dieu a été exal­tée au-​dessus de tous les chœurs des anges dans le royaume céleste . « Oui, dit l’abbé Guerric, au-​dessus de tous les chœurs des anges, de sorte qu’elle ne voit au-​dessus d’elle que son Fils qui est le Fils unique de Dieu. » (…)

« Et de même, ajoute saint Antonin, qu’il n’y a pas de com­pa­rai­son entre une reine et ses ser­vi­teurs, ain­si la gloire de Marie est incom­pa­ra­ble­ment supé­rieure à celle des anges . » Au sur­plus, pour s’en convaincre, il suf­fit de se rap­pe­ler la parole de David : La Reine se tient à votre droite. « Quelle est cette Reine ain­si pla­cée à la droite de Dieu ? C’est Marie », déclare saint Athanase.

Il est cer­tain que les œuvres de Marie ont incom­pa­ra­ble­ment sur­pas­sé en mérites celles de tous les saints. Incomparablement aus­si, conclut saint Ildephonse, la récom­pense et la gloire qu’elles lui ont méri­tées sur­passent encore celles que tous les saints ont pu acquérir. Il est cer­tain encore que Dieu pro­por­tionne la récom­pense au mérite, comme le déclare saint Paul : Le Seigneur ren­dra à cha­cun selon ses œuvres . Si donc Marie sur­pas­sa les hommes et les anges en mérite, elle devait les sur­pas­ser par la subli­mi­té de son exal­ta­tion. C’est le rai­son­ne­ment de saint Thomas : La Vierge, dit-​il, pos­sé­dant les mérites de tous les hommes et de tous les anges et même bien davan­tage, il était donc juste qu’elle fût éle­vée au-​dessus de toutes les hié­rar­chies célestes. En un mot, conclut saint Bernard, « que l’on mesure quel insigne degré de grâce elle s’est acquise sur la terre et l’on pour­ra mesu­rer ensuite à quel degré émi­nent de gloire elle est éle­vée dans le ciel. »

Un savant auteur, le Père de la Colombière, observe que la gloire de Marie, à la dif­fé­rence de celle des autres saints, est une gloire pleine, une gloire com­plète. Sans doute, les saints jouissent dans le ciel d’une paix par­faite, d’un plein conten­te­ment. Néanmoins, il sera tou­jours vrai qu’aucun d’eux ne pos­sède la gloire qu’il aurait méri­tée s’il avait ser­vi et aimé Dieu avec une fidé­li­té plus grande. Si donc les saints ne dési­rent rien de plus que ce qu’ils ont, ils pour­raient encore avoir quelque chose à dési­rer. Sans doute encore, les bien­heu­reux ne souffrent plus des péchés qu’ils ont com­mis et du temps qu’ils ont per­du pen­dant leur vie. Il n’en est pas moins vrai qu’au ciel, on goûte d’autant plus de bon­heur qu’on a fait plus de bien sur terre, qu’on a mieux conser­vé son inno­cence et mieux employé le temps. Marie, elle, ne désire rien et n’a rien à désirer.