Léon XIV : « la lutte contre les abus est une dimension constitutive de la mission de l’Eglise »
Alors que certains responsables religieux croient toujours utile de continuer à déplacer les auteurs d’abus et à éviter de toutes leurs forces de répondre aux victimes – comme la congrégation des lassaliens mise en cause à ce jour par plus de 200 victimes pour des abus commis par des religieux et des laïcs dans 45 établissements en France de 1950 à maintenant – le pape Léon XIV a fait un rappel salutaire ce 16 mars, en recevant en Assemblée plénière les membres de la Commission pontificale pour la protection des mineurs :
« « Mon vénérable prédécesseur (…) a souhaité inscrire votre service de manière permanente au sein de la Curie romaine afin de rappeler à toute l’Église que la prévention des abus n’est pas une tâche facultative, mais une dimension constitutive de la mission de l’Église »
Le pape Léon XIV a par ailleurs délimité les responsabilités et les périmètres du Dicastère pour la doctrine de la Foi et de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, dirigée depuis juillet dernier par l’archevêque de Chambéry Mgr Verny , » Depuis mon élection, je suis profondément encouragé par le dialogue que vous avez instauré avec la Section disciplinaire du Dicastère pour la Doctrine de la Foi . Vous atteignez ainsi l’objectif visé : que la prévention – l’une de vos responsabilités – et la discipline vigilante exercée par ce Dicastère agissent de concert, de manière synergique et efficace.
Et de poursuivre sur les missions propres de la Commission pontificale pour la protection des mineurs : « Votre mission est de contribuer à la prévention des abus. Cependant, il ne s’agit jamais simplement d’un ensemble de protocoles ou de procédures. Il s’agit plutôt de contribuer à instaurer, au sein de l’Église, une culture de la sollicitude, où la protection des mineurs et des personnes en situation de vulnérabilité n’est pas perçue comme une obligation extérieure, mais comme une expression naturelle de la foi. Cela requiert donc un cheminement de conversion, où la souffrance d’autrui est entendue et nous pousse à agir ».
La Croix précise au sujet des délimitations posées par le Pape : cette clarification intervient après plusieurs années de débats internes sur les prérogatives de la Commission. Créée en 2014 et initialement rattachée directement au pape, l’instance avait été fragilisée par plusieurs démissions retentissantes, dont la militante irlandaise, et elle-même victimes d’abus, Marie Collins, en 2017. Elle avait quitté la Commission en dénonçant l’absence de coopération de la Curie, notamment de la doctrine de la foi. Ces tensions avaient nourri un débat persistant sur l’efficacité réelle de cet organisme consultatif » .
Le Pape a aussi eu un mot pour les victimes : « à cet égard, les témoignages des victimes et des survivants sont des points de repère essentiels. Bien que douloureux et difficiles à entendre, ils révèlent avec force la vérité et nous enseignent l’humilité tandis que nous nous efforçons d’aider les victimes et les survivants. Parallèlement, c’est précisément par la reconnaissance de la douleur vécue qu’une voie crédible d’espoir et de renouveau s’ouvre » .
Le pape Léon XIV a rappelé leurs devoirs aux évêques et supérieurs des congrégations : « l es ordinaires et les supérieurs majeurs ont également une responsabilité qui leur est propre et qui ne peut être déléguée. L’écoute et l’accompagnement des victimes doivent se concrétiser dans chaque communauté et institution ecclésiale . Je vous encourage à continuer d’être une ressource pour elles, afin qu’aucune communauté au sein de l’Église ne se sente seule dans cette mission. L’aide que vous apportez par le biais de l’ initiative Memorare est véritablement inestimable. Soutenir les Églises locales, en particulier celles qui manquent de ressources ou d’expertise, c’est donner une expression concrète à la solidarité ecclésiale « .
Enfin il a donné deux chantiers à la commission pontificale pour la protection des mineurs, au sujet de « la notion de vulnérabilité face aux abus et la prévention des abus sexuels sur mineurs facilités par les technologies numériques. En analysant ces « signes des temps », vous aidez l’Église à relever avec courage les défis de la protection de l’enfance et à y répondre avec clarté pastorale et un renouveau structurel. Cela se concrétise déjà par l’élaboration d’un cadre de lignes directrices universelles. J’attends avec intérêt la proposition finale afin qu’elle puisse être publiée après une étude et un discernement approfondis « .
