Mgr Filoni, la communication pontificale, le livre du Pape, et l’affaire Williamson
Evoquant la responsabilité de la communication vaticane et notamment de l’Osservatore Romano dans les problèmes médiatiques liés au prétendu changement de doctrine sur le préservatif, je me suis un peu replongé dans mes notes des derniers mois relatifs à cette question de la communication vaticane.
Je note, en premier lieu, que Benoît XVI, dans son livre d’entretiens, reprend à son compte le curieux « argument » du RP Lombardi sur « l’affaire Williamson », selon lequel personne à Rome n’aurait consulté internet pour savoir qui était Mgr Williamson.
Cet « argument » me semble étrange pour bien des raisons. D’abord, je n’arrive pas à croire qu’au XXIe siècle, personne parmi les dizaines de collaborateurs du saint-siège n’ait songé à se renseigner. Ensuite, Benoît XVI lui-même connaît le dossier de la Fraternité St Pie X depuis au moins 20 ans et il est impossible que personne n’ait évoqué devant lui les dissensions au sein de cette Fraternité, et donc la personnalité de chacun des 4 évêques sacrés en 1988. Enfin, il me semble ahurissant qu’un « porte-parole » comme le RP Lombardi se défausse de cette façon: on n’a jamais vu, dans aucune organisation, la « communication externe » se « justifier » en disant que l’organisation concernée n’avait pas eu l’idée, le temps ou les compétences de faire une recherche aussi basique que de taper « Williamson » dans un moteur de recherches!
Et il me semble plus ahurissant encore que le Pape lui-même assume cette fable.
Je suis, personnellement, convaincu qu’il s’agit d’une fable – et que cette fable sert un secteur donné de la curie, qui n’est certes pas le secteur le plus proche du Pape. Il m’est en effet revenu aux oreilles qu’une enquête interne avait été diligentée au sein de la curie et que cette enquête avait permis d’apprendre que de très hauts prélats avaient été informés des « risques » présentés par Mgr Williamson. Selon mes informateurs, c’était le cas au moins de Mgr Filoni – qui est tout de même le n°2 ou 3 de la Secrétairerie d’Etat et n’est donc pas tout à fait n’importe qui (mais qui, par ailleurs, est également connu pour protéger tout ce que la curie compte d’anti-ratzinguériens).
Je crois, sans en avoir la certitude, que c’était également le cas du cardinal Re, alors préfet de la congrégation des évêques, et donc concerné au premier chef par cette question d’excommunication, puisque je rappelle que c’est lui qui a signé le décret du 22 janvier 2009 levant lesdites excommunications.
En tout cas, le fait que le nom de Mgr Filoni soit mentionné dans cette enquête est révélateur: la communication du Pape, qui en dernier ressort dépend de ce Mgr Filoni, est ainsi gérée par des personnes profondément hostiles à la stratégie du Pape… et ce sont les mêmes personnes qui, après avoir fait capoter les dossiers, attisent le fracas médiatiques.
