La Décadence du Loir-et-Cher

Suite à la brève de mon confrère Maximilien Bernard consacrée à la parution d’un article scandaleux dans La Renaissance du Loir-et-Cher , votre serviteur a contacté par téléphone la rédaction de l’hebdomadaire. « Il n’y a pas lieu de s’alarmer, les 320 000 habitants du Loir-et-Cher n’ont pas forcément lu l’article » et de toute façon, « je n’y peux rien » nous explique au téléphone Frédéric Sabourin , journaliste et responsable de la rédaction qui a succédé à Michel Lemay le 1er septembre dernier. « Ça a été très peu vu, c’est paru en été et en dernière page » insiste-t-il. Sur le fond, l’ex-curé de Saint-Jacques de L’Houmeau à Angoulême qui a renoncé à son ministère en 2006, ne se prononce pas.

Comme l’article est paru dans les pages nationales, je contacte par téléphone la rédaction du Courrier français , propriétaire de La Renaissance du Loir-et-Cher. Marc-Paul Lemay, le rédacteur en chef, m’explique que son journal respecte le discours de l’Eglise « 999 fois sur 1 000 dont vous ne parlez jamais sur votre blog et dès qu’on ne le fait pas, vous nous tombez dessus ! » . L’article en question, « En Suisse, vos préservatifs d’un coup de pédale ! » , « ne [le] dérange pas » . Il admet sans hésiter qu’il « n’est pas passé par mégarde » mais dans le cadre d’un accord avec l’agence « Destination santé », spécialisée dans « les problématiques de santé publique » . Mais pas au point de faire part aux lecteurs des éditions du Courrier français de la fiabilité toute relative du préservatif . Même Durex a cessé d’y croire , c’est dire ! Marc-Paul Lemay m’oppose tout le long de notre entretien « le principe de réalité » et le fait qu’ « on n’est pas tous des saints » . Sauf qu’on est tous appelés à le devenir donc à s’en donner les moyens, lui réponds-je. Et le rôle d’un journal chrétien n’est pas d’inciter ses lecteurs, sur un ton complice exaspérant, à « toujours se munir d’un préservatif pour faire face aux « imprévus ». Surtout en été, saison propice aux rencontres » . Quand je lui parle du scandale provoqué par un tel article, M. Lemay me rétorque n’avoir pas provoqué chez ses lecteurs de bronca . « Scandale au sens premier du terme » lui dis-je, Matthieu 18:6 à l’appui ( « si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer » ). Vous prêtez beaucoup trop d’influence à notre média » me rétorque-t-il. J’insiste. « Je ne crois pas qu’il faille prendre les gens pour plus faibles qu’ils ne sont » conclut-il.

Mon aimable interlocuteur reconnaît lui-même qu’ il s’agit d’une « information choquante à certains égards » . Mais il me répète que sa publication n’est « pas du tout fortuite et volontaire car prévue par un accord avec une agence » . Ça a le mérite d’être clair car il y a deux ans, Michel Lemay avait rétorqué à mon confrère d’ e-deo Thibaud Coupry que la parution d’un article faisant l’apologie de la contraception dans les colonnes de La Renaissance du Loir-et-Cher était le fruit d’une inattention due aux vacances. Je tente quand même : « et il n’est pas possible de revoir l’accord avec l’agence Destination Santé afin, par exemple, de vous voir reconnaître un droit de regard sur le contenu relatif à la sexualité? Vous pourriez au moins prendre cet engagement et je serais ravi de l’annoncer à nos lecteurs… » . Pas convaincu, Marc-Paul Lemay me fait comprendre que rien n’est impossible mais « la prochaine fois ça sera quoi? » . Je lui répond que « ça n’est pas une question de censure, c’est juste qu’ un journal chrétien comme le vôtre doit proposer un contenu conforme au discours du Saint-Père et de l’Eglise « . Rien à voir avec le fait de ne pas plaire à un lecteur sur un point accessoire (le goût et les couleurs…) mais « l’Eglise, ça n’est pas « Vatican 2.0″ et la démocratie participative » .

En 2008, les quinze éditions du Courrier français étaient diffusées à 49 000 exemplaires. Il y a quelques années, les quinze associations diocésaines propriétaires de l’hebdomadaire et de son imprimerie – une centaine de salariés au total – se sont retirées du capital et ont cédé leurs parts à cinq cadres du groupe dont Bernard Cattanéo qui dirige le titre depuis 1987. Celui-ci assurait encore en 1998 : « nous demeurerons un journal d’inspiration et de valeurs chrétiennes » .

Arthur Leroy