Les nouveaux auxiliaires de Malines (12)

Les blasons et devises des trois nouveaux évêques sont particulièrement intéressants.
La devise choisie par l’évêque auxiliaire pour le Brabant wallon, Mgr Jean-Luc Hudsyn, est « ut cognoscant te » (« Pour qu’ils vous connaissent », citation de saint Jean : 17, 3).
Dans le blason, mon attention est particulièrement attirée par la croix-colombe. On reconnaît, dit catho.be, « la croix de Taizé, colombe de la paix. Ce symbole rend hommage à l’oeuvre du Frère Roger Schutz, fondateur de la communauté oecuménique de Taizé ».
J’avoue ne pas comprendre. La situation ecclésiale de Taizé m’a toujours semblé ambiguë. C’est une communauté qui se veut oecuménique, mais ne se rattache à aucune confession: elle n’est pas interconfessionnelle (comprenant des membres de différentes confessions), mais supraconfressionnelle (refusant a priori de se situer dans telle ou telle confession et prétendant se placer au-delà de leurs divergences dogmatiques).
Baptisé et élévé dans le calvinisme, le frère Roger n’a jamais fait profession de foi catholique. Lors de la polémique qui a entouré sa communion aux funérailles de Jean-Paul II, certains ont prétendu qu’il serait devenu catholique. Le fait a été démenti officiellement par son successeur : en réponse à ce débat, le Frère Alois fit une mise au point dans laquelle il décrivit le cheminement du fondateur comme

« une démarche qui n’a pas de précédent depuis la Réforme : entrer en ‘communion’ avec l’Église catholique sans une ‘conversion’ impliquant une rupture avec ses origines ».

Ce langage alambiqué tente d’accréditer la quadrature du cercle.
Quand je dis que Taizé se veut radicalement supraconfessionnelle, cela signifie qu’elle prétend se situer au-dessus des divergences dogmatiques, les dépasser. Ce qui est évidemment impossible. Une personne peut être en recherche, et il ne faut évidemment pas éteindre la mèche qui fume, mais quand quelqu’un fonde sa vie entière sur un système qui consiste à marier l’eau et le feu, l’hérésie et la foi révélée, il n’est pas possible d’y voir une profession de celle-ci. A vrai dire, si le frère Roger était devenu vraiment catholique, il aurait dû rompre avec Taizé. Dans l’optique de cette dernière, une conversion au vrai sens du terme est impossible, puisque l’idée sur laquelle tout Taizé est fondée consiste à se mettre dans une ambiguïté radicale, au nom de ce prétendu « dépassement » des divergences dogmatiques. Le frère Roger lui-même l’avait bien exprimé en ces termes :

« J’ai trouvé ma propre identité de chrétien en réconciliant en moi-même la foi de mes origines avec le mystère de la foi catholique, sans rupture de communion avec quiconque. »

Ce langage cotonneux, qui prétend concilier l’inconciliable (« Est, est. Non, non »), est évidemment tout sauf une profession de foi catholique.
Puisque la devise de Mgr Hudsyn est « ut cognoscant te», comment connaître Dieu si ce n’est par la foi ? Comment le connaître quand la foi est sapée par le flou doctrinal érigé en système ? Par ailleurs, ces mots de saint Jean s’intègrent dans le passage suivant : « Haec est autem vita aeterna, ut cognoscant te solum verum Deum et quem misisti, Jesum Christum » (la vie éternelle, c’est qu’ils vous connaissent, vous, le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ) . Jésus-Christ a fondé une Eglise, dont les dogmes sont indispensables pour obtenir le salut, cette vie éternelle dont parle saint Jean. Quelle connaissance de Dieu, quelle vie éternelle Mgr Hudsyn pense-t-il donc proposer à ses ouailles en donnant en exemple une communauté qui détruit à la racine l’acte de foi, lequel est une adhésion aux vérités révélées par Dieu à travers son unique Eglise ?

(A suivre)