Mgr Pozzo et l’herméneutique de tradition

Par nos confrères de Summorum Pontificum Observatus , je découvre une conférence de Mgr Pozzo, secrétaire de la congrégation Ecclesia Dei, publiée sur le site de la Fraternité St Pierre .
Nos confrères de SPO emploient le mot « d’herméneutique de tradition », plutôt que celui, devenu classique « d’herméneutique de continuité ». Le second a l’avantage d’être une expression du Pape lui-même; le premier a l’avantage de dire d’emblée de quoi il s’agit.
En tout cas, Mgr Pozzo expose clairement la doctrine catholique, contre les interprétations hétérodoxes du concile Vatican II, et sans trop s’interroger sur les liens entre ces interprétations hétérodoxes et le flou de certains textes conciliaires.
Sur deux sujets, particulièrement sensibles, il expose cette doctrine catholique: l’unicité de l’Eglise et le rapport de l’Eglise catholique aux autres religions dans la perspective du salut.
Sur l’unicité de l’Eglise, il propose une lecture originale du fameux « subsistit »:
« En premier lieu, Vatican II insiste sur la position d’unité et d’unicité de la véritable Église, en référence à l’Eglise catholique existante: elle «est» cette seule Eglise du Christ, celle qu’on professe dans le symbole comme une, sainte, catholique et apostolique » ( LG 8). Deuxièmement, le Concile répond à la question de savoir où l’on peut trouver la véritable Église: «Cette Église, constituée et organisée en ce monde comme une société, subsiste dans l’Église catholique» (LG 8). Et pour éviter toute ambiguïté quant à l’identification de la véritable Eglise du Christ avec l’Eglise catholique, on ajoute que c’est l’Eglise «gouvernée par le Successeur de Pierre et les Évêques en communion avec lui » (LG 8). L’unique Eglise du Christ a donc dans l’Église catholique sa réalisation, son existence, sa stabilité. Il n’y a pas d’autre Église du Christ à côté de l’Eglise catholique. »
Naturellement, il n’est pas « original » de dire qu’il n’existe pas d’autre Eglise du Christ à côté de l’Eglise catholique. En revanche, c’est la première fois que je lis une description de cette démarche en deux temps, qui change effectivement nettement le sens du « subsistit ». Celui-ci devient une sorte d’indication sociologique si je puis dire.
Pour ceux qui souhaitent relire le passage, avec ces indications de Mgr Pozzo, voici le paragraphe de Lumen Gentium dont il est question:
« C’est là l’unique Église du Christ, dont nous professons dans le symbole l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité [12], cette Église que notre Sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur (Jn 21, 17), qu’il lui confia, à lui et aux autres Apôtres, pour la répandre et la diriger (cf. Mt 28, 18, etc.) et dont il a fait pour toujours la « colonne et le fondement de la vérité » (1 Tm 3, 15). Cette Église comme société constituée et organisée en ce monde, c’est dans l’Église catholique qu’elle subsiste, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui [13], bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent hors de sa sphère, éléments qui, appartenant proprement par le don de Dieu à l’Église du Christ, portent par eux-mêmes à l’unité catholique. »

Deuxième sujet sensible: Mgr Pozzo évoque la place des autres religions par rapport au salut.
Là aussi, Mgr Pozzo revient à la doctrine catholique la plus sûre. Contestant le nouvel adage théologique « Extra Ecclesiam multa salus », il rappelle que le salut se trouve dans la vérité. « perte de la question de la vérité. S’il vient à manquer la demande de la vérité, c’est-à-dire sur la vraie religion, l’essence de la religion ne se différencie plus de sa mystification, à savoir la foi ne réussit plus à se distinguer de la superstition. »

La conclusion est particulièrement éclairante:
« Quelle est l’origine de l’interprétation de la discontinuité, ou de la rupture avec la tradition?

C’est ce que nous pouvons appeler l’idéologie conciliaire, ou plus exactement para-conciliaire, qui s’est emparée du Concile depuis le début, en se superposant à lui. Avec cette expression, on n’entend pas quelque chose qui regarde les textes du Concile, ni l’intention des acteurs, mais le cadre général d’interprétation dans lequel le Conseil a été placé et qui agit comme une sorte de conditionnement intérieur de la lecture successive des faits et des documents. »
3 facteurs caractérisent cette idéologie dite « para-conciliaire »:

  1. « Le premier facteur est le renoncement à l’anathème, à savoir la nette contraposition entre l’orthodoxie et l’hérésie. »
  2. « Le deuxième facteur est la traduction de la pensée catholique dans les catégories de la modernité. »
  3. « Le troisième facteur est l’interprétation de l’ « aggiornamento » du Concile Vatican II. […] « Aggiornamento » dans le sens du pape et du concile voulait exprimer l’intention pastorale de l’Eglise de trouver les moyens les plus adéquats et opportuns pour conduire la conscience civile du monde d’aujourd’hui à reconnaître la vérité éternelle du message salvifique du Christ et la doctrine de l’Eglise. […] Au contraire, pour l’idéologie para-conciliaire, largement encouragée par des groupes catholiques intellectuels néo-modernistes et les centres de mass-médias des pouvoirs temporels séculiers, le terme «aggiornamento » a été conçu et proposé comme le changement radical de l’Eglise envers le monde moderne: de l’antagonisme à la réceptivité. »

Il faut se réjouir de voir des prélats, au plus haut niveau, entrer ainsi dans une contestation de « l’esprit du concile » et dans une défense de la foi catholique authentique.
Il reste que l’on ne fera pas l’économie, me semble-t-il, d’une réflexion sur les liens entre les textes conciliaires eux-mêmes et cette « idéologie para-conciliaire ». Pour ne prendre qu’un exemple de ce que je veux dire, sur le premier facteur de cette idéologie (l’abandon des anathèmes), ce n’est pas une simple invention des théologiens néo-modernistes. Il se trouve tout de même que la principale originalité, au plan « littéraire », de Vatican II est précisément d’être le premier concile (à ma connaissance, du moins) à ne pas conclure ses textes majeurs par les fameux canons traditionnels « si quelqu’un dit ceci, qu’il soit anathème », synthétisant aux plans doctrinal et disciplinaire à la fois la pensée théologique souvent riche, complexe et donc difficile à interpréter des constitutions.