Retour sur la question de Nostra Aetate et de la double alliance

J’avais commencé à répondre au commentaire d’Erasmus minor posté en réponse à mon article d’hier sur Nostra Aetate , mais je me suis rendu compte que ma réponse devenait trop longue et qu’elle touchait à une question trop importante pour être « gérée » en catimini. Voici donc cette réponse sous forme d’article (j’ai gardé le ton de réponse). Pour que les choses soient plus facilement compréhensibles, j’ai rajouté le commentaire en question avant ma réponse. Et mon aveu d’ignorance n’étant pas de pure rhétorique, j’invite bien volontiers les lecteurs qui soit auraient compris différemment la phrase des évêques anglais dont je parlais, soit auraient des arguments théologiques pour soutenir ou infirmer la théorie de la double alliance que j’ai cru y discerner, à nous éclairer…

On hésite, en vous lisant : êtes vous mal intentionné ou ignorant ? J’aurais tendance à répondre : les deux ! Jésus unique médiateur entre Dieu et les hommes est de foi depuis toujours et c’est une des forces de Vatican II d’avoir approfondi les conséquences de cette affirmation essentielle. Cette affirmation n’entraine certainement pas l’abolition de l’Alliance de Dieu avec le peuple juif. Rappelez vous ce que Jésus enseigne : non pas venu pour abolir mais accomplir. Cet accomplissement est bien expliqué par saint Paul en Romains 9-11 : lisez, vous verrez ! Ensuite, concernant l’autorité des conférences des évêques, ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Vous espérez une papauté du genre Pie IX ou Pie X, deux pontificats lamentables, parmi les pires qu’on puisse imaginer après certains papes immondes du Moyen Age et de la Renaissance avec leur vision monarchiste de l’institution. Ce n’est pas la vraie tradition de l’Eglise. La vraie tradition est synodale : on se parle entre frères. Et donc, quand une conférence s’exprime, ce sont bien des évêques en communion entre eux et avec le pape qui s’expriment.

Je reconnais bien volontiers mon ignorance (et j’admire que vous ayez une telle science des plans de Dieu!…); en revanche, je ne vois pas bien ce qui vous autorise à dire que je suis mal intentionné.
J’ai simplement relevé que la phrase mentionnée des évêques anglais impliquait logiquement un changement avec « Nostra Aetate » et que j’aimerais savoir de quoi il retourne. Cette implication étant implicite, j’en suis réduit aux conjectures, mais ma compréhension personnelle était que les évêques anglais déclaraient adhérer à la thèse de la double alliance (selon laquelle, aujourd’hui, il existe deux voies de salut: pour les païens, Jésus-Christ, pour les Juifs, l’ancienne alliance). Je serais ravi que vous me détrompiez, mais je ne vois rien dans votre message qui m’indique que cette thèse de la double alliance n’est pas celle des évêques anglais. Et je pense que vous admettrez avec moi que, au strict minimum, cette théorie théologique n’est pas obligatoire pour la foi catholique! (Je peux même tranquillement ajouter qu’elle me semble fort proche de l’hérésie)
Encore une fois, l’Eglise a toujours cru que les dons de Dieu sont sans repentance, mais elle n’en a jamais déduit que l’ancienne alliance demeurait salvifique. Ou alors il faudrait déclarer comme non canoniques les textes de saint Paul contre la confiance en la circoncision ou, plus encore contre l’obligation que certains voulaient faire peser sur les païens d’être circoncis avant d’être admis dans la communauté chrétienne.
Quant aux conférences épiscopales, je crois que vous confondez deux choses: la communion entre les évêques et l’existence d’une administration appelée « conférence épiscopale ». On n’a tout de même pas attendu le XXe siècle pour s’assurer que les évêques catholiques étaient en communion les uns avec les autres!
J’ajoute que je trouve franchement « baroque » de considérer que le pontificat de saint Pie X est l’un des pires que l’Eglise ait connu. Si l’Eglise l’a canonisé, ce Pape devait tout de même avoir quelque chose de « supportable », non?
Plus profondément, on peut bien sûr contester la « monarchie pontificale », mais il n’est peut-être pas inutile de se souvenir alors que l’on ne s’oppose pas à seulement tel ou tel Pape (y compris de grands pontifes canonisés, comme Grégoire VII), mais aussi à plusieurs conciles (et donc à la tradition synodale, pour reprendre votre expression) et tout spécialement à Vatican I…